Cancer du sein : « nos patientes sont de plus en plus jeunes »

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Cancer du sein : « nos patientes sont de plus en plus jeunes »

Le docteur Marika Donadieu exerce la gynécologie endocrinienne à Lyon. Elle constate que de plus en plus de patientes sont concernées par le cancer du sein alors qu’elles sont encore très jeunes, et revient sur les moyens de détecter la maladie.

Peut-on estimer le nombre de jeunes femmes touchées par un cancer du sein avant 40 ans ? Ce nombre est-il en augmentation ?

Le nombre de femmes touchées par un cancer est en augmentation, et de plus en plus de patientes sont touchées par le cancer du sein jeunes, voire très jeunes. Celles qui ont moins de 40 ans sont évidemment concernées par le problème de la fertilité.

En voyez-vous dans votre patientèle ?

Oui, je l’ai constaté chez ma patientèle. A l’échelle d’une quinzaine d’années, je constate qu’on trouve des cancers du sein chez des femmes de plus en plus jeunes. Mes confrères et consoeurs gynécologues font le même constat.

Il n’est pas rare de voir des patientes concernées par cette pathologie à 26 ans, alors qu’il y a quelques années, c’était exceptionnel. Sans doute peut-on l’expliquer par des facteurs environnementaux.

Quelles sont les spécificités du cancer du sein chez les jeunes femmes ?

Les cellules se multiplient plus vite et donc les cancers évoluent assez vite. Ce sont donc des cancers souvent plus agressifs puisque les cellules tumorales sont plus jeunes, plus actives et donc plus toniques.

La mammographie est toujours une réponse adéquate pour détecter un cancer ?

Il y a des discussions autour de la mammographie en raison de son caractère potentiellement irradiant, qui pourrait entraîner un risque de cancer radio-induit chez les patientes qui sont prédisposées. Néanmoins, on considère que même chez une femme à très haut risque, il faut continuer à faire des mammographies, parfois très jeune, à partir de 30 ans.

Chez les patientes à très haut risque qui ont une mutation génétique les prédisposant à développer un cancer du sein, on peut demander un dépistage par mammographie, une échographie et une IRM mammaire de façon annuelle dès l’âge de 30 ans.

La mammographie avant 40 ans, à part chez ces patientes à très haut risque, est peu intéressante car les seins sont denses et que l’on voit mal. De plus, la multiplication des mammographies pourrait potentiellement altérer l’ADN. Il n’en demeure pas moins que cela reste un examen de dépistage intéressant après 50 ans.

L’échographie et la biopsie sont-elles toujours possibles y compris pendant la grossesse et l’allaitement ?

Pour des femmes jeunes, je demande plutôt une échographie qu’une mammographie. Elle n’est pas irradiante et on voit mieux. Dans ce cas, l’échographie est généralement ciblée sur un nodule, palpable à l’examen clinique. On a recours à la biopsie quand on détecte une image ou un nodule suspects.

Pendant l’allaitement c’est plus compliqué de pratiquer ces examens car les seins sont denses avec parfois des galactocèles (autrement dit, une rétention de lait qui se forme dans un canal de la glande mammaire). Il m’est arrivé de déceler un cancer du sein pendant la grossesse.

J’ai diagnostiqué récemment un cancer chez une patiente presque à terme, ce qui a justifié une césarienne trois semaines avant la date prévue pour l’accouchement. Et une chimiothérapie dans la foulée.

En revanche, lorsque le cancer est détecté plus tôt au cours de la grossesse, c’est plus délicat. De temps en temps, nous pouvons faire face à ce dilemme terrible : est-ce qu’il vaut mieux garder le bébé et prendre le risque d’un cancer qui va évoluer avec des chances de guérison amoindries puisque le traitement sera retardé ? ou vaut-il mieux faire une interruption thérapeutique de grossesse au début avec pour objectif de traiter la patiente au plus tôt et d’améliorer son pronostic vital ?

Les décisions sont dans ce cas prises après une discussion pluridisciplinaire et avec le couple. Elles varient au cas par cas, selon la gravité de la tumeur, le terme de la grossesse, et la décision du couple.

Nous ne faisons jamais de mammographie pendant la grossesse car elle est irradiante. En revanche, il est possible de pratiquer une échographie ou une biopsie.

Pourquoi ce type d’examens n’est pas proposé quand les jeunes femmes sont alertées par des sensations qu’elles jugent anormales ?

Il est important de connaître ses seins. Evidemment, ils se modifient en début de grossesse. La jeune femme, lorsqu’elle sent quelque chose qu’elle trouve suspect, anormal, plus dur, ne doit pas hésiter à consulter son gynécologue. Ce dernier va alors l’examiner et si, celui-ci constate une anomalie, il lui conseille de faire une échographie, et éventuellement une biopsie.

Pour optimiser la prévention du cancer du sein, il faut informer les patientes qui ont des antécédent de la nécessité d’une surveillance mammaire rapprochée. Il est important de les interroger, et si des cas de cancers sont mentionnés dans leurs familles, mieux vaut pratiquer un dépistage approprié.

Qu’en est-il de la préservation de la fécondité ?

La loi de bioéthique nous impose d’informer sur les techniques qui permettent de préserver la fertilité. En France, nous nous rendons compte que l’accès à cette information est insuffisant. De plus, les traitements pour conserver la fertilité ne sont pas faciles à mettre en place. La procréation médicalement assistée suppose plusieurs rendez-vous, lesquels peuvent être incompatibles, en termes de temps et d’agenda, avec la prise en charge du traitement pour le cancer. Or c’est évidemment cette dernière qui reste une priorité.

Si la patiente est en couple, et veut avoir recours à une fécondation in vitro, gynécologues et cancérologues se concertent. Dans certains cas, cette solution sera refusée parce que le cancer du sein est trop avancé et le risque trop important.

La vitrification ovocytaire est une technique qui permet de conserver les ovocytes lorsque la patiente n’a pas de projet parental de couple. La congélation des tissus ovariens en vue d’une maturation in vitro ultérieure peut être envisagée lorsque la patiente est prépubère ou que le délai nécessaire pour la mise en place d’une stimulation ovarienne n’est pas envisageable.

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