Quand Jacques, chef d’entreprise, apprend qu’il a un cancer

Cancers
Quand Jacques, chef d’entreprise, apprend qu’il a un cancer

Quelle que soit sa profession, la maladie chronique est toujours une épreuve. Pour des femmes ou des hommes chefs d’entreprise, la situation peut s’avérer particulièrement compliquée…

Chef d’entreprise, Jacques a 55 ans lorsque sa vie bascule. Ce qu’il a pris dans un premier temps pour une grosse grippe va se révéler être un lymphome. Nous sommes fin 2003, en plein hiver. Jacques a de la fièvre, et décide donc de se rendre chez son médecin qui lui diagnostique une grosse grippe … mais cette dernière ne passe pas. Il consulte alors un autre praticien qui lui annonce qu’il souffre d’une prostatite, une infection de la prostate. Jacques suit son traitement.

Les antibiotiques très forts prescrits par le médecin font leurs effets, si bien que les symptômes disparaissent,

témoigne-t-il. Après cet épisode, compte tenu de ses problèmes cardiaques, Jacques choisit de consulter son cardiologue qui le rassure. Tout va bien,

la fuite aortique n’a pas bougé

mais il lui prescrit néanmoins une analyse de sang. C’est son épouse qui ouvre l’enveloppe avec les résultats, car à l’époque Jacques dirige une entreprise dans le nord de la France à côté de Lille. Il l’a rachetée quelques années auparavant, en 1999. C’est donc son épouse qui lui annonce qu’il souffre d’une leucémie.

La prise en charge de la leucémie

De retour à Paris, Jacques est pris en charge par le service d’hématologie de l’hôpital Saint Louis. Il y est suivi par un médecin spécialisé dans les leucémies rares car il est atteint d’une leucémie à tricholeucocytes. Ce dernier lui prescrit donc une première chimio d’une semaine. Jacques règle les affaires courantes de sa société puis rentre à l’hôpital mi-décembre pour suivre son traitement. Il est hospitalisé huit jours et rentre ensuite chez lui.

Après ce traitement, pour me protéger des infections, j’ai pris des antibiotiques à titre de précaution. Et des prises de sang tous les mois, puis tous les deux mois, puis tous les trois mois …

La vie reprend son cours. Pendant trois ans, tout va bien mais à l’été 2006, Jacques rechute. Il suit alors un traitement à base d’anticorps monoclonaux.

Le traitement se fait en hôpital de jour, durant quelques semaines. Je m’y rends le vendredi matin et je ressors l’après-midi. Je passe le week-end à être malade et je retourne diriger ma société à côté de Lille le lundi matin

raconte Jacques. Une autre rechute a lieu en 2009. Les médecins essaient un autre traitement pour sa chimiothérapie, en hôpital de jour sur cinq à six semaines.

Je me souviens, je vomissais tout le week-end et je repartais travailler,

se souvient-il.

Comment concilier vie professionnelle et traitements ?

Traverser l’épreuve de la maladie et gérer son entreprise, son commerce ou bien son activité libérale demande de l’organisation.

Oui, il faut s’organiser. A vrai dire, un chef d’entreprise d’une PME, comme un commerçant d’ailleurs, ne se pose pas beaucoup de questions. Lorsque l’on commence à s’en poser, à réfléchir sur les risques que l’on prend, ce n’est pas bon. On a tous le nez dans le guidon, et quand arrivent des épreuves comme cela, il n’y a pas d’autres choix que de pédaler un peu plus,

raconte-t-il. Dans une certaine mesure, le travail lui a permis d’éviter de penser au pire.

Quelle couverture médicale pour les non-salariés ?

Les non-salariés ne peuvent pas bénéficier du chômage, mais il existe en revanche d’une couverture maladie.

J’avais droit à des indemnités journalières. Je n’étais pas salarié de l’entreprise mais un mandataire social a droit à des indemnités, à un complément s’il a mis en place la couverture d’une mutuelle. Un indépendant qu’il soit chef d’entreprise, commerçant ou avocat, bénéficie d’une garantie maladie,

précise-t-il. Bien sûr, si une prise en charge financière est importante, ce qui est surtout problématique pour un chef d’entreprise, c’est de continuer à faire tourner son affaire.

Quand on est salarié, on a un back-up pendant son absence. Ce n’est pas le cas quand on est à la tête d’une entreprise (quelle que soit sa taille) ou d’un commerce,

précise-t-il. D’où un stress et une grande fatigue, liée au fait de pouvoir totalement décrocher.

La vie aujourd’hui

Depuis 2009, Jacques n’a pas eu de problème particulier mais il est suivi, et continue de pratiquer régulièrement des examens de sang. Jacques a vendu son entreprise en 2011, un peu plus tôt que prévu.

J’avais peur que la maladie revienne en 2012. Mieux vaut vendre une entreprise quand on est en bonne santé plutôt que depuis son lit d’hôpital. Et puis j’avais l’âge pour partir à la retraite.

Agé aujourd’hui de 70 ans, il profite avec son épouse d’une retraite bien méritée, après avoir traversé ensemble l’épreuve du cancer.

Vos commentaires