Greffe de peau : sauvé grâce à son frère jumeau !

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Greffe de peau : sauvé grâce à son frère jumeau !

C’est une histoire qui finit bien, mais qui laissait pourtant présager le pire. Brûlé sur 95% de la surface du corps, Franck a bénéficié d’une greffe de peau, prélevée sur son frère Éric.

© photo : Francois Lo Presti/AFP

Le 23 novembre 2016, le professeur Maurice Mimoun, chef du service de chirurgie plastique et des traitements des grands brûlés à l’hôpital Saint-Louis à Paris a réalisé une greffe de peau sur 95% du corps de Franck. Ce dernier a été sauvé grâce bien sûr au talent des équipes de l’AP-HP, mais aussi grâce à son frère Eric. Cette aventure est donc autant humaine que médicale !

Des chances de survie très faibles

L’accident du travail dont Franck a été victime remonte à septembre 2016, alors qu’il manipulait des produits chimiques .

Quand on l’a vu arriver, on s’est dit que les chances de survies étaient très faibles,

confie le professeur Mimoun. Dans ce type de cas, les options thérapeutiques sont limitées. Pour traiter un grand brûlé, on peut lui greffer la peau d’un donneur décédé, mais, à cause d’un phénomène immunitaire, elle est rejetée au bout de quelques semaines et doit être remplacée. L’autre option est de procéder à une auto-greffe, en prélevant sur le patient des surfaces de sa propre peau indemne pour remplacer celle enlevée par la chirurgie. Mais chez un patient brûlé à 95 %, il n’y a plus assez de surface cutanée pour pratiquer ce type d’acte.

Frères jumeaux, frères de peaux

La priorité chez un grand brûlé est d’enlever très vite la peau qui s’infecte et agit comme une sorte de poison. Le patient peut avoir des baisses de tension puis mourir d’une insuffisance cardiaque ou rénale. Quand on a appris que Franck avait un frère jumeau homozygote (issu du même œuf), on a un peu repris espoir. On s’est dit qu’on pourrait peut-être utiliser sa peau sans que ne se produise un phénomène de rejet immunitaire,

précise le professeur Mimoun. Quand il a su que c’était possible, Eric n’a pas hésité une seconde. Tandis que des chirurgiens enlevaient la peau brûlée de Franck, dans le bloc voisin, leurs collègues faisaient de même avec la peau saine d’Éric.

En accord avec lui, on avait décidé de le prélever au niveau du cuir chevelu, de la totalité du dos et des cuisses. On lui a enlevé une très fine couche d’un dixième de sa peau, un peu comme une feuille pour permettre que la surface de peau restante cicatrice et se régénère toute seule,

raconte le professeur Mimoun. Cette intervention s’est faite en trois étapes avec des opérations chirurgicales étalées sur un peu plus d’un mois.

À chaque fois, on a passé la peau prélevée dans un appareil qu’on appelle une moulinette pour obtenir une peau sous la forme d’une sorte de bas résille ou d’un filet à provision. C’est grâce à cette technique qu’on a pu recouvrir 95 % de la surface du corps de Franck avec juste 50 % de la peau de son frère,

précise le chirurgien.

Une histoire qui finit bien

Eric n’a gardé aucune séquelle, mis à part de petites cicatrices et la sensation d’avoir eu des coups de soleil. Quant à Franck, il est rentré chez lui et suit une rééducation en hôpital de jour. Il reprend peu à peu sa vie. Au niveau du visage, il a très bien récupéré. Ses mains ont retrouvé une bonne fonctionnalité mais c’est un peu plus long pour le reste du corps.

L’APHP a attendu une année avant de révéler cette intervention, une première mondiale dans la mesure où des brûlés ont déjà été greffés avec leur jumeau homozygote, mais jamais un brûlé de cette étendue dont les chances de survie étaient quasiment nulles.

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