L’hypnose pour soulager la souffrance

Soins de support
L’hypnose pour soulager la souffrance

L’hypnose. Le mot fascine autant qu’il fait peur. Contrairement à ce que peuvent laisser penser certains spectacles ou programmes télé, il ne s’agit pas d’un simple tour de magie, mais d’un soin de support souvent très efficace pour atténuer l’angoisse ou la douleur. Interview de Betty Mamane, journaliste et auteur d’un livre-enquête sur le sujet.

L’hypnose est-elle une pure vue de l’esprit ou un état vraiment particulier ?

L’état hypnotique est en fait un état naturel auquel nous accédons tous spontanément : lorsque nous rêvassons, lorsque fixons notre regard sur une scène, un objet, un paysage, lorsque nous perdons momentanément la notion du temps au volant, ou que nous sommes « dans la lune »… Un état de détachement dans lequel nous pouvons agir et tout à la fois nous regarder agir.

C’est ce que les psychologues appellent la « dissociation » : un processus mental de séparation entre les actes et la pensée.

Et c’est un état qui nous rend particulièrement sensibles à la suggestion. Les spécialistes définissent précisément l’hypnose comme « un état modifié de la conscience » : un état intermédiaire entre la veille et le sommeil. Et cela se vérifie sur les éléctroencéphalogrammes.

Est-elle réellement efficace contre la douleur ?

L’hypnose « modifie le rapport de la personne à la souffrance » pour reprendre les paroles de François Roustang, l’un des pères de l’hypnose moderne en France. En effet, la douleur ne se limite pas à un réflexe ou à une sensation. Elle est aussi une émotion (désagréable, anxiogène), un comportement et une cognition : notre capacité à la supporter et à réagir dépend aussi de l’idée que nous nous en faisons. Des études récentes montrent permet de diminuer de moitié une sensation douloureuse en l’espace de 4 semaines. L’imagerie cérébrale montre que l’activation des réseaux de neurones qui constituent « le circuit de la douleur » est clairement modifiée sous hypnose. Elle a aussi un effet notable sur le niveau d’anxiété

L’hypnose est aujourd’hui de plus en plus souvent utilisée au bloc opératoire et contribue à la sédation des patients.

Vous rapportez que même des tumeurs du cerveau sont opérées sous hypnose ? Peut-elle vraiment remplacer l’anesthésie ?

Il y a une vingtaine d’années l’hypnose a commencé à investir l’hôpital d’abord dans l’accompagnement des soins douloureux, soins palliatifs ou de support des cancers puis de la chirurgie. Elle est généralement utilisée en association avec une anesthésie locale ou des sédatifs.

Le recours à l’hypnose permet dans ce cas de réduire la dose de produit administrée au patient, ce qui accélère la récupération et réduit les effets secondaires liés à l’anesthésie.

Une opération sous hypnose se déroule strictement dans les mêmes conditions et dure le même temps que sous anesthésie générale. Le patient peut demander à tout moment, dès qu’il sent un inconfort, d’augmenter la dose de sédatifs.

L’hypnose peut-elle tout soigner ?

Si elle ne prétend pas guérir tous les maux, l’hypnose peut néanmoins aider à mieux vivre avec. Elle se révèle particulièrement intéressante lorsque les traitements disponibles échouent ou ne soulagent qu’en partie les patients. C’est sans doute pourquoi elle fait aujourd’hui partie des thérapies complémentaires les mieux intégrées à la médecine. Le recours à l’hypnose est aujourd’hui largement répandu dans le traitements contre certains troubles psychologiques, les phobies, les addictions, les troubles du sommeil… mais aussi en dermatologie, dans le traitement des fibromyalgies, de la polyarthrite et autres maladies inflammatoires.

Quid de l’hypnose pour traiter le syndrome du côlon irritable ?

Dans son rapport « Évaluation de la pratique de l’hypnose » en 2015 , l’Inserm conclut qu’il existe « suffisamment d’éléments pour pouvoir affirmer que l’hypnose a un intérêt thérapeutique potentiel » pour traiter cette patho­logie. Aussi appelé colopathie fonctionnelle, ce syndrome dû à une inflammation du côlon provoque des douleurs intesti­nales pouvant être très violentes, des spasmes, des constipa­tions ou des diarrhées parfois alternées, de flatulences et de ballonnements, et il reste difficile à traiter.

Une étude autrichienne montre notamment comment chez des patients réfractaires aux traitements classiques, 10 séances d’hypnose prodiguées sur une année, ont conduit à une dimi­nution de leurs douleurs abdominales, des flatulences et des constipations.

L’évaluation qu’ils faisaient de leur bien-être physique s’est ainsi améliorée de manière progressive au fil des séances, passant de 40 % à 70 % (100 % correspondant au bien-être absolu). Même chose pour la satisfaction de la qualité de vie, évaluée à 45 % au début de l’expérience et à 70 % un an après.

Tout le monde est-il « hypnotisable » ?

Les chercheurs estiment ainsi qu’environ 80 % des gens sont moyennement hypno­tisables, ce qui signifie qu’ils peuvent ressentir une partie des effets des suggestions et bénéficier de l’hypnose dans un cadre thérapeutique.

10 % de la population est considérée comme extrêmement hypnotisable et ressent de profondes modifications des sensations et des perceptions sous hypnose. Les derniers 10 % sont peu hypnotisables et ne répondent pas aux suggestions.

Les personnes bien réceptives à l’hypnose témoignent souvent d’une forte capacité d’absorption et à se projeter dans l’imaginaire. La meilleure récep­tivité étant observée chez les enfants entre 8 et 12 ans. C’est pourquoi l’utilisation de l’hypnose est de plus en plus plébiscitée dans les services pédiatriques notamment pour réduire le stress ou la douleur lors des soins ou pour limiter les doses d’antalgiques de sédatifs ou d’anesthésiques

Quels en sont les risques ?

L’attraction que suscite aujourd’hui l’hypnose et le fait qu’elle place le sujet dans un état de réceptivité à la suggestion peut inspirer des charlatans et des escrocs. Mais contrairement à ce que laisse penser l’hypnose de spectacle, les personnes sous hypnose ne perdent pas complètement le contrôle de leurs comportements. Elles restent conscientes de leur identité et de leur vécu. On ne peut pas leur demander de faire quelque chose qui serait contraire à leurs règles morales ou leur propre volonté.

Le principal risque tient à l’absence de cadres réglementaire et éthique définis de la pratique de l’hypnose. Les formations ne sont pas reconnues par l’ordre des médecins et n’importe qui peut se déclarer hypnothérapeute.

Dans ce no man’s land juridique s’est développée une hypnose de rue, ou « street hypnose », qui invite à pratiquer l’hypnose n’importe où auprès de « volontaires » avertis ou non. Certes, il n’existe pas de risque de rester « bloqué » en état hypnotique. Cependant, un retour brutal peut être vécu de façon négative. C’est pourquoi les hypnothérapeutes terminent leur séance par une phase de « réassociation », afin de s’assurer que le patient est revenu séreinement dans « le moment présent ». Si les charlatans induisent chez leurs sujets des souvenirs dérangeants sans prendre la peine de les « réassocier », ceux-ci risquent de se retrouver dans un état psychologique préoccupant.

A qui s’adresser en toute sécurité ? Comment choisir un bon praticien ?

Le premier gage de sécurité est d’abord de s’assurer que le praticien auquel vous faîtes appel est attaché à un institut de formation de référence et qu’il est un professionnel de santé (médecin, psychologue, infirmier, kinésithérapeute…). La Confédération francophone d’hypnose et de thérapies brèves (CFHTB), créée par le ministère de la Santé, regroupe un certain nombre d’écoles qui ont une charte éthique, une formation, un programme particulier.

D’autres organismes, entrent aussi dans les recommandations de l’Inserm tels que l’Institut français d’hypnose (IFH), la Société française d’hypnose (SFH) ou l’association Hypnocrate. Le Syndicat national des hypnothérapeutes, qui recense près de 700 professionnels, est aussi une sérieuse référence. Enfin, au-delà la légitimité et des compétences de l’hypnothérapeute, la qualité du contact et du lien qu’il établit avec le patient est essentiel.

L’hypnose repose sur un contrat de confiance. Il est primordial que vous vous sentiez à l’aise et en sécurité avec le thérapeute que vous aurez choisi.

L’autohypnose permet-elle vraiment de se dispenser de la présence d’un praticien ?

Oui c’est souvent la voie vers laquelle les hypnothérapeutes orientent leurs patients au bout d’un certain nombre de séances. Quand ils ont suffisamment travaillé avec eux pour leur apprendre à se plonger seuls en hypnose et à reproduire les exercices qui peuvent les soulager. L’intérêt est alors pour ces personnes, notamment quand il s’agit de douleur chronique, de pouvoir y avoir recours de façon autonome à tout moment.

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