Obésité : et si ça se passait dans la tête plutôt que dans l’assiette ?

Obésité : et si ça se passait dans la tête plutôt que dans l’assiette ?

Certains coups durs dans la vie conduisent hommes et femmes à prendre du poids. Evidemment, toutes ces personnes aimeraient retrouver leur ligne. Bonne nouvelle : mincir et ne pas reprendre les kilos perdus, c’est possible. Le Dr Gérard Apfeldorfer, est psychiatre et psychothérapeute, spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire. Il dénonce depuis des années l’inefficacité des régimes restrictifs. Pour Voix des patients, il nous éclaire sur la manière de bien maigrir.

Pourquoi tant de femmes ont-elles tant de mal à maigrir ?

Il faut d’abord rappeler que cela ne se passe pas si mal en France. Nous sommes le 1er ou le 2ème pays en Europe avec le plus bas taux d’obésité. Alors pourquoi avoir du mal à maigrir ?

Généralement, la première des raisons c’est que nous essayons de prendre le contrôle de notre poids et nous partons de l’idée que nous pouvons en faire ce que nous voulons. Nous avons ainsi le désir de contrôler notre comportement alimentaire.

Or, la réalité n’est pas du tout celle là, car nous ne sommes pas maîtres de notre poids pour une simple et bonne raison : il est déjà régulé par des mécanismes neurophysiologiques. Lorsqu’on laisse ces derniers fonctionner, ils donnent un poids d’équilibre.

Le poids que l’on peut tenir dans la distance est précisément ce poids d’équilibre. Décider de manger ce que l’on veut, à court terme, est tout à fait faisable, cela ne pose aucun problème. Par exemple, je peux décider d’éliminer les sucreries, les gâteaux et ne manger que des fruits et des légumes mais plus le temps passe, plus le désir des aliments supprimés devient intense.

Il s’intensifie jusqu’à ce qu’il devienne extrêmement tyrannique et à ce moment-là, nous craquons. C’est ce qui se passe dans les régimes. Et nous reprenons alors le poids perdu.

Dans quelle mesure les facteurs psychologiques jouent-ils un rôle déterminant ?

Ils interviennent à de multiples niveaux. Vouloir contrôler son poids est déjà un facteur psychologique qui conduit à un état de restriction cognitive. D’autre part, beaucoup de personnes mangent pour calmer leurs émotions (stress, contrariétés…).

D’autres facteurs sont plus profonds. Manger est alors une réponse à un mécanisme de protection contre des traumatismes du passé.

Par exemple, les personnes ayant vécu des situations d’attouchements sexuels dans l’enfance ou des situations incestueuses peuvent se protéger en mangeant. Cela leur permet d’une part de mettre de côté leurs angoisses, et d’autre part de se protéger d’une armure de graisse.

On sait que la nourriture a un quotient émotionnel très fort. Comment apprendre, justement, à gérer ses émotions ainsi qu’à contenir son stress et son anxiété ?

Cela fait partie de ce que nous apprenons à nos thérapeutes dans mon association G.R.O.S, (Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids. Nous formons des médecins, des diététiciennes-nutritionnistes et des psychologues à la prise en charge de l’obésité pour des « mangeurs émotionnels ».

Cette prise en charge est personnalisée et nous utilisons essentiellement des techniques de thérapies cognitivo-comportementales et des techniques de pleine conscience pour apprendre à gérer les émotions, les calmer, et les vivre sans en avoir peur. En fait, il ne s’agit pas tellement de calmer ses émotions, mais plutôt d’apprendre à les vivre.

Lorsque nous vivons une émotion sans peur, elle se calme d’elle-même. Par ailleurs, nous avons mis au point avec le Dr Zermati un programme thérapeutique, linecoaching.com, accessible sur internet. Des psychologues en assurent l’assistance car les problèmes sur lesquels les personnes butent ne sont pas d’ordre nutritionnel mais d’ordre psychologique. Autrement dit, c’est beaucoup plus dans la tête que les choses se passent que dans l’assiette.

Un suivi psychologique vous paraît-il pertinent ?

Oui, et essentiel dans bon nombre de cas. Je fais par exemple travailler les personnes sur la honte car c’est un facteur d’échec majeur. A partir du moment où vous êtes honteux, vous sombrez dans l’inhibition, la paralysie, la dépression, ou bien des conduites de surcompensation comme le perfectionnisme ou l’hyper-narcissisme.

Nous travaillons d’abord sur la honte afin que les personnes arrivent finalement à devenir pro-actives par rapport à leurs problèmes, qu’elles se rendent compte que cette obésité n’est pas une faute, qu’elles ne sont pas coupables. Le problème est en fait : comment parvenir à vivre sa vie au mieux ?

Comme vous voyez, faire la paix avec ses émotions et soi-même est beaucoup plus difficile que de considérer qu’on est juste face à un problème diététique. Le problème du comment manger est la partie la plus facile. La partie la plus difficile est le plus souvent d’apprendre à vivre ses émotions sans les craindre, de ne plus essayer de les camoufler avec des prises alimentaires disproportionnées. Je dirai que 2/3 des personnes concernées par le surpoids ont des problèmes d’ordre émotionnel.

Quels sont les risques liés à l’obésité ?

Evidemment, il y a des risques médicaux qui sont connus et dont on parle beaucoup : l’hypertension, le diabète, les troubles cardiovasculaires. Les troubles cardiovasculaires et le diabète sont très sensibles à la sédentarité qui joue un rôle peut-être plus important que l’obésité elle-même dans le développement de ces maladies. Une personne en surpoids, mais qui pratique une activité physique, a beaucoup moins de risques que celle qui est sédentaire.

Au delà de ces aspects médicaux, il y a aussi des aspects d’ordre psychologique. Les nuisances de l’obésité se font ainsi au niveau de l’insertion sociale. Les personnes obèses sont rejetées par la société d’une façon extrêmement violente.

Ce rejet social les conduit à la honte, à l’enfermement sur elle-même et finalement à l’isolement social. Ce sont des personnes souvent en proie à une vraie souffrance physique et morale. Sortir de cette souffrance, retrouver l’estime de soi, réapprendre à manger, bref se remettre sur le bon chemin est tout à fait possible … Reste à sauter le pas !

En savoir plus : « Maigrir, c’est dans la tête » – Dr Gérard Apfeldorfer (Editions Odile Jacob)

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