Depuis qu’elle s’est piquée, sa vie n’est plus la même !

La vie au travail
Depuis qu’elle s’est piquée, sa vie n’est plus la même !

Il y a six ans, Catherine, infirmière libérale, s’est piquée avec une aiguille alors qu’elle réalisait un soin à domicile chez un patient. Sa vie a basculé. Au lendemain de la journée des aides soignantes, Voix des Patients rend hommage à toutes celles et à tous ceux qui entourent les malades. Quitte parfois à se mettre en risque…

De tous les professionnels de soins, les infirmières libérales sont certainement les plus exposées aux accidents d’exposition au sang (les fameux AES). L’histoire de Catherine (son prénom a été changé) a basculé en 2010, alors qu’elle était en visite pour effectuer un prélèvement sanguin. Elle a sursauté en entendant une sonnerie de téléphone forte et atypique. Elle venait de procéder au soin, et s’apprêtait à mettre l’aiguille dans un container, lorsqu’elle s’est malencontreusement piquée. Heureusement, elle portait des gants, car les assurances ne couvrent le risque AES que si les recommandations d’usage ont été respectées. Pourtant, le port de gants à usage unique ne l’a pas empêché de se piquer.

D’autres accidents de ce type, autour d’elle, il y en a eu beaucoup. Beaucoup trop. Une infirmière en tongs et ne se doutant pas qu’une projection de sang sur une blessure au pied peut être délétère. Des projections de liquide dans les yeux. Des containers remplis de seringues usagées qui se renversent.

Ces accidents sont souvent le résultat d’une accumulation de facteurs, parmi lesquels le manque de matériel sécurisé, les récupérateurs à aiguille qui ne permettent pas d’éliminer les objets piquants dans les conditions optimales de sécurité, la surcharge de travail, une forme de déni des risques, mais aussi la nature des conditions de travail au domicile du patient qui ne sont pas optimales. Quoi qu’il en soit, à compter de ce jour-là, toute ma vie a été bouleversée »,

témoigne-t-elle. Lorsque ce type d’accident survient, les infirmières libérales sont souvent désemparées. Elles savent qu’elles ont encore une tournée à finir, avec des patients qui comptent sur elles. Elles ne prennent pas toujours conscience des risques.

J’ai quand même fait une sérologie rapide, mais quand j’ai voulu en savoir plus sur le patient source, j’ai été confrontée au refus catégorique de son médecin traitant de me transmettre une quelconque information à son sujet »,

précise Catherine. Ce n’est que trois mois plus tard, lors d’un examen de contrôle sérologique, qu’elle apprend que ce patient est atteint d’une hépatite C et qu’elle a été contaminée.

Quand j’ai eu connaissance de ce verdict, ça a été un véritable anéantissement. J’ai d’abord été abasourdie, puis en colère. Cela faisait déjà des semaines que je ressentais une fatigue sur laquelle mon médecin traitant avait posé un diagnostic de burn-out. En vérité, c’était déjà la maladie que nous aurions davantage pu anticiper si nous avions su à quel risque j’étais confrontée ».

La nouvelle est évidemment un choc, pour elle comme pour sa famille. Catherine parle même de « traumatisme psychologique » et déclare s’être sentie « violée intérieurement ». Elle revient sur les questions qu’elle s’est alors posées :

pourquoi cela m’arrive-t-il à moi ? Et que dois-je faire ? J’ai été orientée par mon médecin traitant vers un spécialiste qui, par deux fois et à quinze jours d’intervalle, m’a tout simplement demandé d’attendre, de laisser passer du temps, alors que je sais aujourd’hui qu’un suivi doit être proposé d’emblée ».

Abattue, découragée, c’est avec l’aide de l’Institut Pasteur qu’elle a pu être orientée vers la bonne filière. Elle a démarré une thérapie adaptée six mois après la date de son accident.

Ce qui m’a vraiment manqué dans toute cette période-là, c’est un soutien psychologique organisé, adapté à mon cas »,

analyse rétrospectivement Catherine. Les conséquences d’une telle épreuve sont en effet dévastatrices sur la vie professionnelle, familiale et privée. Il s’est écoulé six mois entre le moment où elle a fait sa déclaration et celui où la caisse d’assurance maladie a bien voulu la prendre en compte :

Il a fallu que je retourne voir le patient source pour qu’il accepte de rédiger un témoignage écrit attestant de la survenue d’accident. Faire valoir mes droits a été un véritable parcours du combattant »

Le traitement a duré six mois.

Il a été particulièrement pénible et éprouvant. Malgré ma combativité, mon état de santé s’est dégradé avec des symptômes tels que les nausées, vertiges, migraines, un amaigrissement important, une perte des cheveux, une intolérance à la lumière du jour et une toux invalidante »,

souligne Catherine. Heureusement, son mari et plus généralement son entourage l’ont beaucoup soutenue mais elle a dû mettre en parenthèses son activité professionnelle pendant de long mois.

Il lui a fallu deux ans, une fois le traitement terminé, pour récupérer sur le plan physique et biologique. Aujourd’hui, Catherine est guérie. Elle est sortie grandie et renforcée de cette épreuve. Sa vie n’est néanmoins plus la même car elle mène un combat quotidien pour que de tels accidents n’arrivent pas à d’autres.

Il est inconcevable qu’en 2016 la sécurité au travail soit différente selon que l’on assure des soins en établissement ou à domicile ; et cela doit passer par une meilleure implication de la part de tous les acteurs »,

conclut-elle.

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