Tabac et maladies : il faut sensibiliser les jeunes le plus tôt possible

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Tabac et maladies : il faut sensibiliser les jeunes le plus tôt possible

Edith Torabi est pneumologue à l’hôpital de Mantes, avec une grande activité en oncologie. Forte d’une expérience professionnelle de 24 ans, elle constate que le tabagisme chez les jeunes est un vrai problème. A ses yeux, il est important de les dissuader avant même leur première exposition.

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Edith Torabi, pneumologue

Selon vous, que pourrait on faire de plus pour mieux les sensibiliser ?

Je suis convaincue qu’il faut intervenir de plus en plus tôt auprès des jeunes.

Ils commencent à fumer extrêmement tôt, souvent dès qu’ils entrent au collège. Si on voulait bien faire, il faudrait commencer cette sensibilisation dès le CM2. J’ai animé par le passé des ateliers de sensibilisation en primaire. J’étais venue avec un buste, pour montrer à quel point les bronches sont encrassées chez les fumeurs. J’ai eu beaucoup de retours des parents, pour me dire que leurs enfants avaient été très marqués et leur avaient demandé d’arrêter de fumer.

Hélas, nous n’avons pas eu les autorisations administratives pour poursuivre. Je suis favorable à ce type de campagne de proximité. À l’école, il y a des campagnes de sensibilisation à la drogue, à l’éducation sexuelle mais peu de choses sur les cigarettes.

Il faut absolument informer les jeunes avant leur première exposition. Après 17 ans, c’est déjà trop tard.

Il faut savoir que parmi les jeunes qui commencent avant 14 ans, 50% deviendront des fumeurs chroniques. Ce pourcentage baisse à 30 % pour ceux qui commencent à partir de 17 ans.

Néanmoins, ils ne sont pas toujours très réceptifs…

En effet, pour un jeune, l’argument des effets néfastes sur la santé ne marche pas très bien, car cette problématique leur semble très éloignée dans le temps. Le levier de la peur, qui peut fonctionner pour d’autres types de publics, marche donc un peu moins bien avec eux. Il est plus facile de sensibiliser quelqu’un qui vient d’être hospitalisé pour un problème respiratoire.

L’argument des effets sur l’apparence physique vous semble-t-il plus pertinent ?

Nous avons récemment lancé avec Roche la campagne Smoklm, dont l’objectif est de montrer les ravages du tabac sur l’apparence physique.

Ongles et dents jaunies, odeur nauséabonde, teint blafard… autant d’effets sur lesquels nous souhaitons insister auprès des jeunes. Nous espérons que la vidéo qui a circulé avec le hashtag #Smoklm aura un impact.

En matière de sensibilisation, le mois sans tabac a-t-il porté ses fruits ?

Cette initiative, dont la deuxième édition a eu lieu en novembre, est inspirée du modèle anglais. De mon point de vue, c’est une excellente idée. Nous avons constaté que c’est un bon moyen d’informer les gens. En ce qui nous concerne, à Mantes, nous avons installé des stands et avons échangé avec des gens qui n’auraient jamais pris rendez vous avec un tabacologue spontanément.

La fondation du souffle, qui est partie prenante de cet événement, mène un travail formidable pour mieux informer les fumeurs.

On entend dire que le prix de la cigarette aurait dissuadé certains fumeurs. Qu’en pensez-vous ?

Le risque de la hausse des prix, c’est le développement d’un marché noir avec des cigarettes contre-faites, finalement beaucoup plus dangereuses encore pour la santé que celles qu’on achète dans les bureaux de tabac.

Quels sont les outils que vous utilisez pour diminuer l’exposition à la cigarette ?

Ils sont variables en fonction de ce qu’on appelle « l’échelle de dépendance ». Il existe plusieurs solutions qui vont des substituts nicotiniques à la relaxation. Nous travaillons en étroite relation avec une tabacologue pour mettre en place un sevrage tabagique.

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