Cancer et travail



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Deux jours après la Journée Mondiale contre le cancer, Dominique Thirry, directrice de l’association « Juris Santé » et juriste de formation, aborde la difficulté de travailler pour les personnes atteintes de cancer.



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Dominique Thirry souhaite que le troisième Plan cancer 2014-2018 prolonge la politique de prévention entamée lors du dernier Plan. D’après elle, il faut également poursuivre l’accompagnement des patients atteints de cancer, en fin de traitement, et plus particulièrement dans la période post traitement, laquelle se révèle parfois très anxiogène pour ces derniers. Elle souligne l’importance de développer davantage une prise en charge adaptée aux adolescents et également aux jeunes adultes (15/25 ans). Par ailleurs, elle constate « la persistance d’importantes inégalités d’accès au droit des malades. Par conséquent, il est urgent de permettre à ces derniers d’accéder à ces droits grâce à une information pédagogique, personnalisée et adaptée », souligne-t-elle. Elle évoque également les aidants qui vivent souvent des situations compliquées et lourdes avec des besoins de répit et de solutions au niveau professionnel.

Au sujet du travail, il est indispensable de sensibiliser les entreprises et de dédiaboliser le cancer, même s’il demeure une maladie grave. « Aujourd’hui, le cancer n’est plus synonyme de mort », précise Dominique Thirry. En effet, un grand nombre de patients va retrouver un état de santé leur permettant de reprendre une activité professionnelle, d’autres ont des traitements qui leur permettent de maintenir leurs activités. C’est la raison pour laquelle, il est essentiel de proposer plus de temps partiels thérapeutiques ou encore d’aménager le temps ou les conditions de travail de l’employé atteint de cancer.

Pour ce faire, l’employeur peut diminuer les déplacements professionnels, prévoir des postes plus ergonomiques ou bien réduire ou adapter les horaires. Il est primordial de rappeler que le cancer n’empêche pas toujours le maintien d’une activité professionnelle, cependant chaque cas est unique et doit être considéré dans sa singularité sans jugement de valeur. Un tiers des personnes touchées par le cancer travaillent toujours. Le véritable challenge est de considérer les employés atteints d’un cancer comme des réels battants et ne pas discréditer ceux qui ont besoin de s’arrêter un temps.

Que l’on maintienne son activité ou qu’on l’arrête, l’épreuve du cancer peut, dans tous les cas, offrir de nouvelles compétences professionnelles voire une vision plus acérée des enjeux de l’entreprise aux patients. Via l’association « Juris Santé », Dominique Thirry travaille depuis 2012 sur des projets concernant le maintien et le retour à l’emploi orienté soit sur les 15-25 ans soit sur les adultes au sein de grands Centres de Cancérologie. L’association les aide à changer d’orientation lorsqu’ils ont des séquelles ou un nouvel objectif de carrière et joue un rôle d’accompagnement dans le maintien ou le retour à la vie active à l’intermédiaire d’une équipe pluridisciplinaire. « Nous intervenons avant ou en complément des dispositifs mis à disposition par le droit commun et jouons un rôle de facilitateur pour permettre leurs accès au patient sans angoisse ou crainte », rappelle la directrice de l’association. Que se soit pendant ou à la fin d’un traitement, selon les besoins exprimés par les patients, l’équipe de Juris Santé met à leur disposition un accompagnement sous forme de rendez-vous individuel ou d’ateliers, et leur propose un bilan de talents et compétences. L’objectif : développer leur impact à l’oral, acquérir des techniques de communication pour éviter toute déstabilisation, utiliser les réseaux sociaux professionnels, les aider à déterminer comment ils vont évoquer la maladie dans le monde du travail, et pour ceux qui en ont besoin reprendre les fondamentaux de la recherche d’emploi et de formation (CV, lettre de motivation,..). Car il faut bien le reconnaître, reprendre ou chercher un nouvel emploi après un cancer n’est pas aisé.

« Il faut libérer la parole autour du cancer mais aussi assurer aux patients que l’annonce de cette maladie ne va pas entraîner un arrêt de carrière ou les placardiser par des actions de sensibilisation et d’accompagnement au sein des entreprises », explique Dominique Thirry. En effet, le patient atteint de cancer est perçu comme quelqu’un à risque et souvent l’employeur craint une récidive ou une performance moindre. Au vu de l’augmentation des cas de cancer, de la chronicisation de cette maladie et de l’enjeu citoyen que cela représente, les entreprises doivent se saisir de ce sujet et l’intégrer dans leur politique de qualité de vie au travail. L’objectif doit être de trouver un juste compromis et de réduire la tension entre les besoins organisationnels ou de production de l’entreprise et les besoins du salariés.

Le choix de la transparence par le salarié facilite les relations et la mise en œuvre de conditions de travail adaptées mais n’est cependant pas toujours complètement libre. Il s’explique parfois par une culpabilisation du salarié/patient ou par le besoin de se justifier par rapport aux collègues ou à sa hiérarchie. Il est donc indispensable de rappeler l’importance du secret médical et le rôle du médecin du travail qui est un interlocuteur extrêmement précieux pour les salariés. Comme tout professionnel de santé, le médecin du travail est tenu au secret, il a pour mission de  protéger la santé du salarié, il doit se prononcer sur son aptitude à travailler et sur les aménagements nécessaires pour que ce travail s’effectue dans les meilleures conditions. « Certaines personnes ne souhaitent pas aborder la question de la maladie au travail pour des raisons aussi multiples que personnelles : protéger leur intimité, préserver leur carrière, disposer d’un lieu où la maladie n’est pas présente…, et cette volonté doit également être entendue et respectée », ajoute-t-elle.

Des mesures sont à prévoir pour les patients guéris ou en rémission, pour améliorer leur vie personnelle et abolir les discriminations au niveau professionnel comme à l’accès aux prêts et aux assurances notamment aux prévoyances. Cela passe par le droit à l’oubli pour certains, ou la création d’un fonds d’assurance solidaire pour les autres. Le thème du cancer doit mieux prendre en compte la vie pendant et après les traitements car une grande majorité de malades en guérit ou vivra longtemps avec cette maladie, cependant ces malades restent des citoyens à part entière.

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