Covid-19 : des symptômes bien trop persistants

Ma maladie
Covid-19 : des symptômes bien trop persistants

Si certains patients guérissent assez vite de la Covid-19, pour d’autres, la remise sur pied est beaucoup plus laborieuse. Et contrairement aux idées reçues, ce n’est pas toujours une question d’âge et de forme physique…

Sara peut en témoigner. Très sportive, elle a été touchée par cette maladie en septembre dernier. « Mon fils de 12 ans est rentré un jour de son internat assez fiévreux. Il n’a été fébrile qu’une journée, mais il m’a refilé le virus, et pour ma part, quatre mois plus tard, je ne suis toujours pas remise », déplore-t-elle. Après avoir un temps considéré que les enfants n’étaient pas porteurs, les experts ont changé d’avis. « Certes, il est pertinent pour que les parents puissent continuer à travailler que les enfants soient scolarisés, mais d’un autre côté, ils sont susceptibles à la fois de contracter le virus et de le transmettre à leurs proches. En ce qui me concerne, j’ai d’abord eu une migraine à me taper la tête contre les murs, puis les symptômes d’une grippe pendant trois jours », raconte Sara. Assez curieusement, son mari s’est fait tester, et il s’est avéré qu’il n’a jamais attrapé la Covid. Il n’est pas rare dans des cellules familiales que certaines personnes soient touchées, et les autres épargnées. Pas rare aussi que les symptômes diffèrent d’une personne à l’autre. Certaines ont une gêne respiratoire, d’autres une immense fatigue, d’autres une perte du goût et de l’odorat.

 

Perte de goût, d’odorat et fatigue

Quatre mois après les premiers symptômes, Sara n’a retrouvé aucun de ces deux sens, qu’elle a perdus une semaine après ses premières migraines. Elle n’est en mesure d’identifier que les goûts très acides. Si elle a un tout petit peu récupéré le goût, en revanche, c’est toujours le black out au niveau de l’odorat. « J’essaye de sentir des odeurs dans la journée mais ça me déprime un peu alors j’ai abandonné », précise-t-elle. Beaucoup de patients sont en effet affectés psychologiquement. On leur conseille parfois de sentir des choses extrêmement fortes pour stimuler la dimension olfactive. Sara reconnaît avoir essayé de sentir des huiles essentielles de lavande, de citronnelle, et même de l’eau de javel ou du tabasco ! « Cela reviendra mais c’est très long. Les premiers jours sont épouvantables car on se sent vraiment perdu. La perte de l’odorat est du domaine du sensible. Je ne sens pas mes enfants quand je les embrasse, et c’est très dur. Je ne sens pas l’odeur de la forêt, ni ce que je respire à l’extérieur », ajoute-t-elle.

 

« Comme un coup de vieux »

Sara faisait énormément de sport, une heure de course à pied par jour et des marathons régulièrement. Autant dire que la condition physique ne prémunit donc pas forcément contre cette maladie et les symptômes persistants. «Franchement je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu et continue de vivre. Cela ne fait que quatre mois, mais on dirait une éternité. J’ai l’impression d’avoir pris un coup de vieux », témoigne-t-elle. Fragilisée, elle attrape des rhumes alors qu’elle n’était jamais malade : « mes défenses immunitaires semblent amoindries et c’est difficile à vivre, d’autant qu’on sent les médecins un peu désemparés ». Face à cette maladie nouvelle, que même les experts connaissent encore mal, difficile d’obtenir des conseils, car tout le monde est un peu perdu. A ses yeux, les gens font trop d’amalgames : « ils pensent que la Covid c’est particulièrement difficile à supporter pour les gens fragilisés et que ça passe comme une lettre à la poste pour ceux qui sont en bonne santé. Vraiment je m’inscris en faux ». Quatre mois plus tard, Sara a le sentiment d’être « sur un plateau », autrement dit son état stagne. Elle continue d’aller courir car c’est pour elle vital, mais a le sentiment « d’avoir fait la fête la veille ». Elle précise :  « je ressens une fatigue comme si j’étais un peu au bout, alors que j’ai beaucoup réduit la cadence et les distances. Avant je faisais 20 km dans une journée, aujourd’hui je ne fais pas plus de 8 km et ne peux plus repousser mes limites ».

 

Une vie familiale et sociale altérée

« Mes enfants se plaignent souvent que ce que j’ai préparé est immangeable ! Impossible de déterminer si j’ai mis trop de sel ou de poivre. Pendant les fêtes de Noël, quand tout le monde se régale et qu’on ne sent rien, c’est frustrant. Cela fait partie des plaisirs de la vie et on en est privé », observe-t-elle. Difficile donc à la fois de faire à manger et de partager les repas avec ses proches : « on a le sentiment de manger du carton. Ce qui est pénible également, c’est une fatigue importante et persistante. Le week-end, j’ai besoin de faire la sieste, et le soir, je pourrais aller dormir à 18h ». 

 

Des symptômes qui peuvent indirectement être dangereux

Sophie a elle aussi contracté le virus. Et elle confirme la pénibilité des symptômes, lesquels peuvent par ailleurs s’avérer dangereux. « C’est très invalidant de ne rien sentir. Bien sûr on ne sent pas ses propres odeurs, ce qui peut être dérangeant. Mais pas non plus celles des gens qu’on aime, ce qui peut avoir un impact sur la libido.  Mais le risque peut être bien plus important encore. Récemment, je n’ai pas senti une odeur de brûlé alors qu’un plat était resté sur la plaque chauffante, en train de carboniser », avertit-elle.  Comme Sara, un an après être tombée malade, elle n’a pas non plus retrouvé le goût. « Récemment, j’ai constaté que ma fille avait jeté dans la poubelle des spaghettis qu’elle venait de cuisiner. Je lui en ai demandé la raison. Elle m’a indiqué que le beurre était totalement rance. Je m’en étais fait plusieurs tartines le matin, sans me rendre compte de rien », note-t-elle.  Comme Sara, elle espère retrouver le goût et l’odorat un jour. Mais pour l’heure, elle peut manger des chips au maroille ou mettre son nez pendant dix minutes au-dessus d’une bouteille de vinaigre sans rien sentir. « Je distingue le sucré et le salé, mais je ne peux absolument pas distinguer si je mange du poulet au curry ou à l’estragon. C’est la même chose pour les glaces. Impossible de déterminer si c’est du chocolat, de la vanille ou de la framboise. Je pense avoir récupéré 2% de mes capacités gustatives et olfactives.», précise-t-elle. Elle rappelle  l’impact de l’odorat sur les sensations que l’on appelle “gustatives” mais qui sont en fait les arômes. Les témoignages de ces deux mères de famille ne peuvent laisser indifférent. Ils sont la preuve que personne n’est immunisé et que tant que ce n’est pas le cas, il est important de rester prudent !