Donnons notre sang et nos plaquettes pour sauver des vies!

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Donnons notre sang et nos plaquettes pour sauver des vies!

Organisée par l’établissement du sang, l’opération #prenezlerelais nous rappelle l’importance vitale de donner notre sang. L’occasion pour Voix des Patients d’apporter un coup de projecteur sur le travail de l’association Laurette Fugain, engagée dans la lutte contre les leucémies. L’un de ses objectifs : mobiliser autour des Dons de Vie (sang, plaquettes, moelle osseuse) qui sont indispensables au parcours de guérison du patient. Stéphanie Fugain, à la tête de cette structure, rappelle l’importance du don pour que tous les malades puissent avoir un jour un traitement efficace et une chance supplémentaire de gagner face à la maladie.

Quelles sont les choses à savoir quand on veut donner son sang ? Tout le monde peut-il donner son sang ? Ou il y a-t-il des précautions particulières à prendre quand on est concerné par une maladie chronique ?

Stéphanie Fugain : Tout d’abord, il faut savoir que pour donner son sang, il faut avoir entre 18 et 70 ans, mais aussi être apte à être donneur. Si vous avez des traitements au long cours ou que vous avez vous-même été transfusé, on ne vous prendra pas. Même chose si vous avez voyagé par certains pays, si vous avez pris de l’aspirine quelques jours avant ou si vous êtes asthmatique. Evidemment, ce n’est pas pour embêter ces personnes, mais parce que leur situation est incompatible avec le don du sang ou de plaquettes. Personnellement, pour ne pas que les gens qui ne peuvent donner soient déçus, j’aime bien les inviter à mobiliser quelqu’un autour d’eux car c’est un vrai motif de satisfaction

Les Français semblent avoir été assez nombreux à donner leur sang pendant l’épidémie de Covid. C’est quelque chose qui vous a surpris ?

Nous avons eu très peur que les patients qui attendaient une greffe se retrouvent sans donneurs parce que ces derniers étaient confinés. Nous avons donc beaucoup communiqué et encouragé les gens en leur expliquant qu’ils ne se mettaient pas en danger. Ils pouvaient donner en toute sécurité avec des règles d’asepsie strictes. Et les distances de sécurité étaient très respectées. Evidemment, l’Etablissement français du sang (l’E.F.S), qui joue un formidable rôle de collecteur, s’assurait que les donneurs n’étaient pas porteurs du Covid. Et si, dans les jours qui suivaient, ils avaient un risque de déclarer le Covid, leur sang était jeté. Avec la campagne « Votre générosité n’est pas confinée » et les concours que nous avons lancés, nous avons réussi à bien mobiliser. Pendant cette période si difficile, nous n’avons jamais manqué de sang. En revanche, à partir du moment où les donneurs ont repris leur train de vie quotidien, ils se sont démobilisés.

Quel est le profil des donneurs ?

Depuis presque deux décennies, nous avons changé notre approche, et opté pour une communication plus festive, tournée vers l’espoir et l’amour des autres. Nous avons réussi à mobiliser beaucoup de jeunes qui ne se sentaient pas concernés. Le don n’est plus « un truc de vieux ».

Avez-vous le sentiment que les gens ont suffisamment conscience du fait que le don de sang est indispensable, « vital », tel que vous le dites sur votre site ? Comment faire pour les sensibiliser toujours plus ?

Nous serons tous à un moment donné de près ou de loin confrontés à un besoin de sang pour une opération, Il ne faut pas attendre que ce soit les autres qui le fassent. Parce qu’on peut avoir les meilleurs médecins du monde, les meilleurs médicaments, les meilleurs hôpitaux, les meilleurs personnels soignants… s’il n’y a pas de donneurs, alors le patient ne pourra pas commencer son traitement. Ce que j’ai vécu auprès de ma fille pendant onze mois était vraiment dur : elle avait de terribles hémorragies et il n’y avait pas de plaquettes. Tous les jours, Laurette attendait ses plaquettes. Un jour, elle m’a dit « maman, tu penses que tous ces gens qui se baladent en bas dans le parc savent qu’on a besoin d’eux ? ». Je n’oublierai jamais cette réflexion. Les gens ne se sentent pas concernés soit parce qu’ils ont peur de la piqûre, soit parce qu’ils pensent que d’autres le feront….

Est-ce que les gens savent aujourd’hui à quoi servent le don de sang et de plaquettes ?

Aujourd’hui, les gens connaissent l’association. Nous avons une belle notoriété et une belle reconnaissance. Tous les deux ans, nous investissons dans de très beaux spots, qui ont d’ailleurs été primés. Pour ma part, je fais beaucoup de conférences dans les écoles ou dans les entreprises pour les confronter à ces questions. Le sang, ça ne se fabrique pas. Les plaquettes et la moëlle osseuse non plus. Donc, inscrivez-vous ! Les gens ont des rythmes de fous : ils partent travailler tôt le matin, rentrent tard le soir, doivent déposer et récupérer les enfants à la crèche, faire les courses, préparer le dîner, amener leurs enfants à des cours de danse ou de judo… Or aller donner son sang, ça prend du temps. Les plaquettes, davantage encore. Il faut se mobiliser au moins deux à trois heures, mais c’est moins fatiguant qu’un don de sang. C’est important de trouver le temps. Pendant le confinement, les gens ont découvert qu’ils pouvaient accorder du temps à leurs parents ou à leurs familles, et sont revenus à des valeurs fondamentales. Autrefois, c’était très gratifiant de donner son sang. Maintenant, c’est banal. On n’a pas besoin de récompenser les gens pour devenir donneur il faut se dire simplement “moi, si ça m’arrive, je veux bien avoir un donneur et pas vivre avec des hémorragies parce qu’il n’y a pas de donneur”, tout simplement.

A quoi sert le don de sang ?

Les cellules sanguines apportent des globules rouges dans le corps du malade dont les cellules ont été détruites par les médicaments, la radiothérapie… Le rôle de ces traitements, c’est de détruire les mauvaises cellules. Malheureusement, au passage, ça détruit aussi les bonnes. Le malade, lui, ne va pas pouvoir les fabriquer parce qu’on l’a mis en état végétatif.

Et le don de plaquettes?

Elles permettent la coagulation de notre sang. Quand on se coupe, on saigne. Le moment où ça ne saigne plus, c’est bien le moment où les plaquettes sont arrivées sur la paroi. Et quand on prélève les plaquettes à un donneur, elles sont tout de suite mises dans un centrifugeur et brassées, jusqu’au moment elles sont données au patient. Si on arrête de les bouger, et bien elles coagulent et on ne peut plus les passer après. Elles vont vivre trois jours, maximum cinq. Impossible donc de les stocker, donc il faut bien un donneur tous les jours pour des patients qui vont être transfusés toute l’année. Au lieu d’aller au cinéma ou de faire les magasins, pourquoi ne pas se dire « allez, cet après-midi je fais ça parce que c’est indispensable que je le fasse, parce que moi s’il m’arrive quelque chose, j’aimerais bien que quelqu’un ait été là pour moi ». On ne donne jamais pour être récompensé mais il faut être conscient que la maladie n’arrive pas qu’aux autres…

Un message pour conclure ?

Tous les jours, une vie peut se transformer en enfer. Tant que nous n’y sommes pas confrontés, nous ne l’imaginons pas. Laurette a souffert plus de 10 mois, puis elle nous a quittés dans les terribles souffrances d’une leucémie aiguë. Pendant tout ce temps d’hospitalisation, j’ai pu constater à quel point il y avait un inconcevable manque d’information auprès du public concernant les Dons de Vie. Il est difficilement acceptable de voir mourir un être humain parce que d’autres n’ont pas su qu’ils pouvaient le sauver. Pour que d’autres malades ne soient plus jamais confrontés lors de leur hospitalisation à l’insuffisance dramatique des dons, DONNONS !

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