Et si (pour notre bien) on arrêtait de croire aux fake news ?

Et si (pour notre bien) on arrêtait de croire aux fake news ?

Rechercher de l’information quand on est malade ou qu’on risque de l’être est parfaitement normal. Il faut néanmoins se méfier de certaines sources, plus anxiogènes que constructives.

« J’ai besoin de me renseigner. Besoin de savoir. Je ne suis pas sûr qu’on nous dise toujours la vérité », explique Lucie, atteinte de sclérose en plaque. Elle reconnaît faire peu confiance aux organes officiels et chercher plutôt des ressources dans le témoignage de ses pairs. « Certes, cela peut être anxiogène par moments, mais au moins, on vit dans le même monde et on traverse les mêmes réalités », ajoute-t-elle. Christophe, lui, au contraire, ne souhaite pas lire les témoignages des patients, arguant qu’ils sont « nécessairement trop orientés car ils relatent des points de vue ». Face à son cancer de la prostate, même s’il est hyper connecté, il préfère des sources fiables. Alors précisément, comment s’y retrouver ? « Au final, je fais confiance à mes convictions. J’essaie de repérer les informations médicales et factuelles », précise-t-il.

Afin de ne pas se faire manipuler, il faut tenter de garder son calme et se tourner plutôt vers des sources reconnues, afin d’éviter les approches “complotistes”. Pourtant, dans des moments où la charge émotionnelle est lourde, certains sont tentés de se faire peur. C’est irrationnel et au final peu constructif, mais finalement assez humain. Pas de quoi culpabiliser, pour autant le fait de paniquer non seulement ne sert à rien, mais peut s’avérer délétère. « On sait parfaitement que le stress et l’anxiété diminuent les défenses immunitaires, ce qu’il faut éviter d’autant plus qu’on est déjà malade », confirme Marie-Cécile Troquier, psychologue pour le site PositiveYou. Selon elle, il ne faut pas hésiter à en parler en téléconsultation : « nous cherchons à comprendre comment les patients cherchent l’information et observons souvent des comportements excessifs, mais le patient doit pouvoir se sentir libre et non jugé. Il ne faut pas avoir honte. Oui on peut douter de la véracité d’une information même si elle est vue et revue par des millions de personnes. Encourageons les malades qui doutent à exprimer ce qu’ils ressentent. C’est très important pour diminuer le stress que tout cela engendre».

Dans les périodes de psychose, à fortiori quand elles sont collectives, comme celles que l’on vit en ce moment avec le coronavirus, le fait de chercher un maximum d’informations est assez logique. Mieux vaut aller vers les sources officielles, et notamment vers les recommandations d’usage en termes d’attitudes à adopter, que vers des témoignages farfelus. Plusieurs vidéos ont ainsi circulé durant la première vague invitant les gens à boire de l’eau chaude pour s’immuniser, ou affirmant que le virus disparaîtrait avec le printemps. « Il est important d’expliquer aux patients que la fake news est montée de toute pièce. Certes, le discours semble couler de source au point qu’on boit les paroles de celui qui les diffuse. On peut même être subjugué par ce qui est présenté, mais c’est précisément pour toutes les émotions suscitées qu’il faut se méfier », remarque Marie-Cécile Troquier. Il est important à ses yeux que le patient puisse exprimer toutes les émotions excessives ressenties. « C’est le sentiment de douter de soi, de ruminer ces informations qui est nocif. Tout ce côté négatif va faire du mal au malade qui se sent déjà affaibli. Le thérapeute, qu’il consulte en ligne ou de visu, a tous les outils pour l’aider à reprendre confiance en lui et l’aider à bien comprendre cette envie de rechercher des émotions fortes….mais hélas négatives et douloureuses », ajoute-t-elle.

Quel est l’intérêt de celles ou ceux qui propagent des fake news ? Parfois, c’est de gagner de l’argent quand ils proposent des produits alternatifs ou réalisent des conférences rémunérées pour diffuser leurs théories. Ce qui est lucratif pour les uns se fait aux dépends de la crédulité des autres et alimente la psychose de gens déjà complètement perdus. Ensuite il y a des motivation d’ego. « Ils cherchent à nourrir leur narcissisme », résume Marie-Cécile Troquier. « Plus ils auront de vues, plus ils seront persuadés de la valeur de leur information, de sa crédibilité ». La parole libère. En parler c’est déjà mettre à distance. La téléconsultation est un très bon moyen pour libérer cette parole ; le psychologue va trouver d’autres expressions plus rassurantes pour aider la personne qui doute.