Prostate : quel traitement choisir ?

Prostate : quel traitement choisir ?

Jean-François (nous avons changé le prénom) a découvert il y a trois ans qu’il souffrait d’un cancer de la prostate. A l’occasion de la journée européenne de la prostate qui se tenait le 20 septembre, ce patient de 73 ans témoigne, avec humour et beaucoup d’expertise, de son expérience et des alternatives de traitement auxquelles il a été confronté.

Comment avez-vous découvert que vous étiez atteint de ce cancer ?

Tout à fait par hasard, car je n’avais aucun symptôme. Ma femme, trouvant, avec raison, que je ne l’écoutais pas aussi attentivement qu’elle le méritait, s’est inquiétée pour mon acuité auditive. Je suis donc allé voir un de mes amis ORL, qui m’a fait un audiogramme, qui ne l’a pas beaucoup alarmé, mais, comme j’avais la soixantaine, il m’a conseillé de faire les mêmes examens qui lui avaient été prescrits à lui, qui était mon contemporain. Il m’a donc demandé une numération formule sanguine (qui a révélé une leucémie) et un dosage du PSA (taux de l’antigène prostatique), qui s’est révélé très élevé. J’ai donc subi des biopsies de prostate, qui ont confirmé le diagnostic. On m’a ensuite fait un bilan d’opérabilité (recherche du stade par l’imagerie). Je suis retourné apporter du champagne à mon ami ORL pour le féliciter de son double dépistage et il m’a répondu avec beaucoup d’humour : « j’aurais dû te demander aussi une coloscopie ».

Avez-vous eu le choix des différents traitements ?

Oui, après avoir évoqué pour mieux la réfuter la cryothérapie, la destruction par ultra-sons, et la radiothérapie, qui toutes étaient porteuses de différents inconvénients graves, il ne restait que la chirurgie (qui consiste en une prostatectomie radicale, enlevant la prostate, les vésicules séminales, une partie de l’urètre, et les ganglions lymphatiques qui drainent ces organes), ou la curiethérapie. La chirurgie (il n’existait pas encore la robot-chirurgie qui a présenté un immense progrès par sa précision, permettant de visualiser, de magnifier et donc souvent de respecter les bandelettes nerveuses qui sont tendues comme des fils de part et d’autre de la prostate) laissait planer le risque de deux sortes de séquelles fâcheuses : l’incontinence urinaire et l’impuissance. Je suis allé voir le pape français de la prostatectomie radicale, qui exerçait à Bordeaux. Ce dernier, interrogé sur le pourcentage de troubles érectiles postopératoires durables, m’a donné le chiffre de 50%, qui m’a paru trop élevé. C’est donc en toutes connaissance de cause, et après avoir lu une bonne centaine d’articles scientifiques (ce qui a retardé ma prise de décision et donc mon traitement, de 8 mois), que je me suis décidé pour la curiethérapie, qui était à l’époque balbutiante en France, mais j’ai eu la chance d’être « aiguillé » vers l’un des meilleurs spécialistes français.

Pourquoi avoir choisi ce traitement qui n’était pas encore largement diffusé ?

Le principe, quoique très compliqué (nécessitant la conjonction des talents d’un curie-thérapeute, d’un ingénieur, d’un échographiste et d’un chirurgien), m’a séduit car il réglait le problème en une seule séance, et impliquait un minimum de séquelles. J’y étais en théorie éligible, puisque ma prostate, mesurée par la résonance magnétique, avait été évaluée à 80 g. Elle s’est avérée en peser le double. Mon médecin a d’ailleurs hésité à me réveiller (car cela se fait sous anesthésie générale), mais y a heureusement renoncé et a poursuivi son travail, très prolongé ; car les grains ou aiguilles d’iode radioactif –ou d’iridium – qu’on implante ont aussi dû être doublés, ainsi que la durée de l’intervention.

Trouvez-vous qu’il y en France suffisamment de prévention et d’information sur ce type de cancers ?

Oui, et depuis le dépistage quasi systématique par le dosage du PSA (à coupler avec un toucher rectal), on assiste à une inflation immodérée de traitements lourds. C’est pourquoi, à mon humble avis, certains malades devraient ne subir qu’une surveillance active, et ce d’autant que leur âge est avancé, leur taux de PSA et la vitesse d’accroissement de celui-ci faibles, et leur score de Gleason peu élevé.

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