Prothèse : un nouvel espoir pour les femmes ayant subi une mastectomie

Cancers
Prothèse : un nouvel espoir pour les femmes ayant subi une mastectomie

Le projet Mat(t)isse, actuellement en développement au CHU de Lille, est un projet innovant d’une prothèse mammaire qui pourrait être mieux tolérée par les patientes puisque conçue avec leurs propres cellules.

Le projet Mat(t)isse bénéficie aujourd’hui de financements au niveau européen. Il a été initié en 2012 par quatre inventeurs : un ingénieur textile, un chirurgien plasticien et deux médecins biologistes, respectivement, Julien Payen, Pr Pierre Guerreschi, Dr Pierre-Marie Danzé et Pr Philippe Marchetti. Encore au stade de mise au point, cette prothèse constitue un espoir pour les femmes ayant subi une ablation d’un sein dans le cadre de leur traitement contre le cancer et souhaitant bénéficier d’une opération de reconstruction. Ce projet révolutionnaire ambitionne en effet de leur proposer une solution plus naturelle puisqu’il s’agirait de leur implanter une prothèse biorésorbable, la bioprothèse Mat(t)isse, faisant office de « cloche » sous laquelle se régénèreraient les cellules de leur propre corps. Un espoir pour les femmes ayant subi une mastectomie. 

 Concrètement, des cellules graisseuses vascularisées seront prélevées de manière autologue près du sein de la patiente. Elles seront ensuite réimplantées sur une structure textile de type dentelle synthétique et résorbable qui assurera un maintien et permettra aux cellules graisseuses implantées de se multiplier. Associée à une coque 3D biorésorbable et personnalisée selon la patiente, elle permettra à cette dernière de retrouver la forme d’une poitrine grâce au développement de ses propres cellules.

Se sentir à nouveau bien dans son corps

Les différents acteurs travaillant sur le projet Mat(t)isse ont bien saisi l’importance pour ces femmes de se sentir à nouveau bien dans leur corps et dans leur peau et se donnent pour but « d’améliorer le vécu de la patiente par rapport à sa pathologie » précise Pierre-Marie Danzé, médecin biologiste au CHU de Lille. Pour beaucoup d’entre elles, si elles se savent guéries au sens médical, la blessure reste profonde. Elles se sentent parfois diminuées dans leur chair, dans leur âme et dans leur intégrité en tant que femmes. Des femmes ayant déjà un implant mammaire en silicone ont été invitées à partager leur ressenti sur ce qui est à privilégier ou à bannir.

 Concernant la procédure et la technique, d’autres chirurgiens plasticiens se sont joints au projet afin de déterminer la procédure la moins invasive, la plus adéquate et la moins contraignante pour tous les acteurs de l’opération et la plus esthétiquement parfaite. Les tests et les recherches vont dans le sens d’une cicatrice la plus discrète possible, que ce soit pour le prélèvement des cellules ou pour l’insertion de la prothèse et de ces mêmes cellules.

Une mise en pratique pas avant 2022 mais des espoirs en perspective

Ce processus de recherches et de tests cliniques prenant du temps, une mise en pratique n’est pas prévue avant 2022, même si un brevet a déjà été déposé pour protéger cette découverte en 2016. Outre l’aspect purement esthétique, il y a encore de nombreuses étapes à franchir avec la mise en application. « Au niveau médical, il s’agit avant tout de déterminer et de comprendre pourquoi certains individus vont avoir un processus de régénération plus ou moins rapide que les autres. Il faut également s’assurer que les tissus utilisés pour la prothèse sont complètement inoffensifs, même si ce sont des matériaux déjà utilisés pour les sutures » explique le Dr Danzé. Si on sait qu’il n’y aura aucun risque de rejet, puisque ce seront les propres cellules de la patiente, il faut également garantir qu’il n’y aura pas de précautions particulières à prendre suite à l’opération. Y aura-t-il des risques à passer un examen de radiothérapie, par exemple ? Là encore, c’est l’une des nombreuses questions auxquelles le projet Mat(t)isse devra répondre avant sa mise en application.

Enfin, cette procédure représente un espoir pour de nombreuses autres personnes blessées dans leur chair puisqu’il sera sans doute possible de l’étendre à d’autres tissus mous, tels que les muscles ou l’œsophage. Ainsi, le Dr Danzé explique qu’ « un patient ayant subi une brûlure importante au bras par exemple, qui aurait endommagé les tissus profonds, pourrait bénéficier du même type de prothèse, associée à une greffe de peau et retrouver ainsi le volume initial de son bras. »