« Après mon cancer, j’ai dû réapprendre à vivre »

Cancers
« Après mon cancer, j’ai dû réapprendre à vivre »

Promise à une brillante carrière, Rebecca a vu ses rêves s’effondrer à l’âge de 25 ans. Provisoirement du moins, car elle a su rebondir malgré une trajectoire tumultueuse…

« Quand j’étais jeune, je rêvais de devenir chirurgien. J’ai commencé des études de médecine, mais à l’âge de 25 ans, mon chemin s’est interrompu. J’ai appris que j’avais un lymphome », raconte Rebecca. L’annonce fut un véritable choc. Elle venait d’emménager avec son ami dans un petit studio, mais du jour au lendemain, tout s’est arrêté. C’en était fini de la fac, des sorties entre amis, et même de sa relation.

Elle a rendu les clés de l’appartement, pour emménager dans une chambre d’hôpital. Une sorte de nouvelle maison, où elle a enchaîné les chimiothérapies. N’ayant d’autre choix que d’accepter ce que le destin lui réservait, Rebecca a tenté de prendre la chose avec philosophie. Elle a noué des liens d’amitié avec le personnel de l’établissement, et avec d’autres patients. Ne perdant pas de vue son ambition de devenir médecin, elle a observé avec intérêt la façon de procéder de ces derniers, consignant ses notes dans un journal intime. Pendant ces mois d’hospitalisation, la jeune femme a eu le sentiment de mûrir.

Une laborieuse réinsertion dans le monde des valides

Étrangement, alors qu’elle s’était d’abord sentie captive, elle s’est habituée à vivre dans un cocon. Ce qui lui avait semblé être une prison est devenu son repère. Alors qu’elle ne rêvait que de sortir de l’hôpital depuis qu’elle y était entrée, le jour où elle a été « libérée » a été finalement anxiogène. « J’ai dû réapprendre à vivre.

Etre guérie, ce n’est pas la fin. C’est le début d’une nouvelle existence », raconte-t-elle. Une fois sortie de l’hôpital, elle a vécu quelques semaines chez ses parents, avant de prendre son propre appartement. « C’était une seconde tentative que j’abordais seule cette fois-ci. Je me suis sentie très seule, et un peu désorientée.

Quand on est très entourée et très encadrée par des professionnels de santé, il faut apprivoiser la solitude. Si je me suis longtemps plainte des bruits à l’hôpital, j’ai ensuite dû apprendre à gérer le silence », précise-t-elle. Pendant plusieurs mois, Rebecca s’était focalisée sur ses traitements. À présent qu’ils étaient terminés, il lui fallait un nouvel objectif.

Curieusement, c’est cette période de transition qui semble avoir été la plus compliquée. Ses examens médicaux étaient de nouveau bons, et elle aurait dû être la plus heureuse des femmes. « Je culpabilisais presque de ne pas l’être. J’étais tout simplement en train de passer du monde des malades à celui des personnes en bonne santé. C’est presque un changement d’identité. C’est évidemment merveilleux, mais il faut prendre le temps d’accueillir cette nouvelle donne, de gérer sa réinsertion dans l’univers des personnes valides. De se demander ce qu’on va faire de sa vie », raconte-t-elle.

Avec le recul, elle a pris conscience que ce ressenti ne lui était pas propre et que beaucoup d’autres patients avaient partagé la même expérience. Elle a appris à définir de nouveaux objectifs. « Ouvrir des corps, je ne m’en sentais plus capable. Mes rêves d’antan s’étaient effondrés. D’autant que c’est un métier avec des horaires très intenses, et que la maladie a laissé des séquelles. En revanche, soulager les âmes, c’est devenu une obsession », témoigne Rebecca.

Elle termine actuellement ses études de psychologie, et désire exercer comme thérapeute. D’autant que c’est un métier pour lequel elle pourra adapter ses horaires pour faire face à de régulières baisses d’énergie. Parmi les personnes qu’elle espère accompagner, certaines auront probablement traversé l’épreuve de la maladie. Nul doute que, mieux que quiconque, elle saura trouver les mots pour les aider…