Accès aux soins

La douleur, ça se soigne !

33 millions de Français font face à une douleur aiguë (de courte durée) ou chronique (persistante). Ces douleurs d’ordre physique ou psychique sont le fruit d’accidents de la vie, de pathologies diverses et parfois même, elles sont provoquées par le soin. Quelle réponse apporter ?

Des professionnels de santé tentent de soulager la douleur de ces personnes. Certains sont même spécialisés dans cette prise en charge et officient au sein de centres d’évaluation et de traitement de la douleur (CETD), des structures hébergées dans les établissements de santé et labellisées par les agences régionales de santé. Approche médicale, sociale, et philosophique, la lutte contre la douleur est un enjeu de santé publique. L’efficacité de la prise en charge de la douleur est même un indicateur de la qualité du système de santé !

Évaluer la douleur puis la traiter

Mal au dos, à la tête, aux mains, aux jambes ou au ventre… C’est un fait, la douleur fait partie du quotidien de millions de Français. Ils ne veulent pourtant qu’une chose : s’en débarrasser, ou au moins l’atténuer, car au-delà de la gêne physique, la douleur a bien souvent des répercussions sur la vie personnelle, familiale et professionnelle. La souffrance constitue le premier motif de consultation chez le médecin généraliste et dans les services d’urgences. Et dire qu’avant 1995 et la publication d’un texte de loi dédié, la douleur – qu’elle soit chronique, aiguë ou post-opératoire – ne faisait l’objet d’aucune prise en charge prioritaire en France ! Elle est pourtant, a priori, intrinsèquement liée à un événement traumatique ou une situation pathologique. « Je ne suis pas certaine que durant ma formation initiale, même si cela remonte déjà à quelques années, les mots “douleur chronique” aient été prononcés une seule fois. La prise en charge de la douleur est très peu abordée durant les études médicales » explique le Dr Mireille Michel-Cherqui.

Commencer à traiter la douleur, c’est d’abord arrêter de penser qu’elle est collatérale à la maladie et à certains soins et donc qu’elle est inexorable. On peut lutter contre elle. Elle n’est pas une fatalité ! Traiter la douleur, cela oblige non seulement à avoir une certaine ouverture d’esprit, une flexibilité mais aussi à prendre régulièrement connaissance de la littérature scientifique. Nous sommes constamment dans la recherche et l’innovation pour explorer et optimiser les techniques plus ou moins invasives.

Mireille Michel-Cherqui sait assurément de quoi elle parle, elle qui officie dans l’un des 73 centres d’évaluation et de traitement de la douleur (CEDT) que compte l’Hexagone. Le sien se situe à l’hôpital Foch de Suresnes. C’est là que cette spécialiste de la douleur reçoit une partie de ses patients souffrant de douleurs liées à des cancers, des migraines, la fibromyalgie ou encore de l’endométriose, de l’arthrose ou autres rhumatismes inflammatoires… Une consultation qui sonne déjà comme une première victoire tant l’accès aux CEDT est difficile. « Il y a une forte demande, en augmentation chaque année, et un nombre restreint de centres. L’accès n’est pas facile et il faut se montrer très patient, pendant plusieurs mois avant d’obtenir un rendez-vous… C’est là tout le problème pour des gens qui souffrent », explique le Dr Michel-Cherqui. Une fois pris en charge, le patient peut se voir proposer un accompagnement souvent pluridisciplinaire (médecin spécialiste de la douleur, infirmier, psychologue, neurologue, psychiatre, rhumatologue, rééducateur fonctionnel…

Les douleurs chroniques, aiguës ou procédurales

Il apparaît plus pertinent de parler de douleurs au pluriel. Elles sont de trois ordres, identifiées selon leur profil évolutif : la douleur aiguë (liée souvent à un traumatisme), la douleur procédurale (induite par les soins) et la douleur chronique. « La douleur aiguë est la cause d’une anomalie. Le corps tire une sonnette d’alarme. Dans la plupart des cas, cette douleur va disparaître une fois l’anomalie traitée. On prend souvent l’exemple du bras cassé qui fait mal sur le coup mais une fois le bras plâtré et soigné, la personne n’a plus mal », précise le Dr Michel-Cherqui. Mais lorsque la douleur dure jusqu’à devenir persistante (dure pendant plusieurs mois ou plusieurs années.), elle devient chronique. Elle augmente, diminue, disparaît et réapparaît sans que l’on sache toujours expliquer pourquoi. Une chose est sûre : elle est envahissante, physiquement et moralement. « La douleur chronique doit être traitée à long terme car avoir mal tous les jours ou presque, cela affecte l’humeur, la vie familiale, sociale, et professionnelle. La douleur devient une pathologie à part entière », constate-t-elle. Le professionnel de santé se doit d’évaluer la douleur et de travailler à y apporter une réponse efficace, il revient au patient de l’exprimer.

Notre action s’inscrit, en premier lieu, dans le cadre d’une évaluation et d’une codification de la douleur exprimée par le patient. Dans un second temps, il s’agit de mettre en place une intervention pluridisciplinaire pour y faire face.

La recherche médicale pour développer des nouveaux traitements

Au contact régulier des patients, le médecin généraliste – et les autres professionnels de santé libéraux de proximité – constituent le premier niveau de prise en charge de la douleur. Les consultations spécialisées constituent le second niveau quand les CEDT traitent les cas les plus complexes et s’apparentent au 3ème niveau. Il serait juste d’ajouter à ce trio les équipes mobiles de prise en charge de la douleur qui se déplacent au sein d’un ou de plusieurs établissements et apportent leur collaboration aux différentes équipes soignantes à leur demande ou à celle des patients. Tous poursuivent le même objectif : soulager la douleur et permettre au patient de retrouver la meilleure qualité de vie possible. Même s’il existe toute une série de techniques médicales spécialisées non médicamenteuses, le recours aux traitements reste une solution très répandue.

« Il faut comprendre qu’en prenant en charge un patient, nous passons un contrat avec lui. Quelle que soit la technique privilégiée, pour plus d’efficacité, il faut que le patient se l’approprie. Quant aux techniques de première intention, de manière non exhaustive, j’en citerai trois : la remise en mouvement du corps qui, à différents degrés d’intensité, possède des valeurs antalgiques, et qui sera proposée à des personnes qui ont des douleurs articulaires et musculaires. Cette technique va de la marche régulière aux séances de balnéothérapie avec kinésithérapie… Viennent ensuite les techniques dites psychocorporelles autour de la respiration simple, la relaxation, la méditation, la sophrologie. Il s’agit ici de travailler sur soi en mobilisant des ressources internes pour notamment baisser son niveau de stress. Enfin, il existe un troisième ensemble également très efficace et que les patients vont utiliser de manière autonome : les appareils électriques (tens) pour stimuler des zones douloureuses, les crèmes et autres préparations pharmacologiques. »

À noter que le CEDT de l’hôpital Foch propose également à certains de ses patients l’auriculothérapie qui s’appuie sur la stimulation de points au niveau du pavillon de l’oreille et qui peut être très efficace sur la douleur et les tensions musculaires. Elle est notamment utilisée lors des soins de support en cancérologie. Des techniques plus invasives comme la mise en place de blocs nerveux pour agir sur les nerfs périphériques, la neuro stimulation médullaire ou la mise en place de pompes intrathécales pour agir directement au niveau des voies de la douleur de la moelle épinière sont également proposées dans certaines conditions.

« La lutte contre la douleur doit sans cesse être approfondie et modernisée, à l’aune des enjeux d’aujourd’hui, qui relèvent aussi bien du vieillissement de la population, que de la progression des pathologies chroniques et de la dépendance. Un parcours de santé qui n’aurait pas vocation à prendre en charge la douleur du patient serait nécessairement incomplet », prévient le Dr Mireille Michel-Cherqui. Un chiffre lui donne raison : en France, 70 % des douleurs chroniques ne reçoivent pas un traitement approprié. D’où un important travail de recherche pour développer de nouvelles molécules et de nouvelles techniques, mais aussi les faire reconnaître pour justifier leur prise en charge par la Sécurité sociale…

Chiffres
Plus de 12 millions de Français souffrent de douleurs chroniques, soit un Français sur cinq.1
45 % des patients douloureux sont concernés par des arrêts de travail dont la durée moyenne cumulée dépasse 4 mois par an. Ce qui est plus important que dans la population générale.1

Ce que dit la loi
La loi sur les droits des malades du 4 mars 2002 consacrait le soulagement de la douleur comme « droit fondamental de toute personne ». En effet, le texte indique que « toute personne a le droit de recevoir des soins visant à soulager sa douleur. Celle-ci doit être en toute circonstance prévenue, évaluée, prise en compte et traitée ». Devenue priorité de santé publique en 20041, la prise en charge de la douleur s’est progressivement structurée et a gagné en professionnalisme et en cohérence, notamment grâce à la mise en place de 3 plans nationaux, de 1998 à 2010.


Source

1. Livre blanc de la douleur 2017 – État des lieux et propositions pour un système de santé éthique, moderne et citoyen – Société Française d’Étude et de Traitement de la Douleur (SFETD)

M-FR-00006622-1.0 – Établi en avril 2022

eddyd

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