Les aidants bénévoles : un enjeu pour les entreprises

Droits des patients
Les aidants bénévoles : un enjeu pour les entreprises

Spécialisé sur le sujet des séniors, le sociologue Serge Guérin s’intéresse aussi beaucoup aux aidants. Il est convaincu que ces bénévoles forment un mouvement social majeur et méritent d’être mieux considérés.

Vieillissement de la population, hausse dramatique du nombre de malades chroniques et des personnes en situation de handicap, effets invalidants pour les personnes subissant des risques psycho-sociaux… selon lui, les risques de vulnérabilité sont nombreux.

Si depuis 2010, une Journée Nationale des Aidants contribue à médiatiser la cause des aidants, la société sous estime encore leur rôle. On ignore qu’ils représentent l’équivalent d’un engagement annuel de plus de 160 milliards d’euros. Ce sociologue cite volontiers l’association anglaise d’aidants familiaux CarersUK, laquelle estime à 150 milliards d’euros l’impact des aidants sur le système de soin. « Qui s’est rendu compte que ces personnes contribuent 7 jours sur 7 à rendre la vie plus douce à plus de 10 millions de personnes, de tout âge ? Qui a mesuré combien il faudrait d’aidants professionnels pour suppléer les bénévoles ? A-t-on une idée de la réduction de la consommation médicamenteuse des malades aidés permise par la présence des aidants ? Qui mesure les risques psycho-sociaux supportés par les aidants du fait de leur action voire de la compensation qu’ils sont obligés d’assumer ? », interroge-t-il.

Ce serait la société qui devrait intervenir s’ils ne jouaient pas leur rôle. Et le nombre de places d’accueil en établissements spécialisés serait encore plus insuffisant qu’aujourd’hui. Or au lieu d’être valorisés, les aidants sont paupérisés. Ils sont contraints de réduire ou d’arrêter leur travail, de couvrir des dépenses de santé non remboursées ou bien encore de supporter l’augmentation du coût des transports…

Les aidants ne sont pas nécessairement préparés à cette situation. L’accès aux solutions numériques permettrait de mieux les conseiller dans leurs démarches. Le combat de Serge Guérin porte sur trois autres axes : le développement de la formation (à la fois psychologique et technique, pour leur permettre de mieux vivre leur situation et d’éviter toute maltraitance par non connaissance), la prévention (car ils sont très sollicités psychologiquement et physiquement), et enfin l’équité sociale pour les aidants en activité professionnelle. En effet, le monde des entreprises ne peut s’exonérer de la prise en compte des aidants. 50% d’entre eux exercent une activité professionnelle.

Ils doivent parfois quitter leur emploi pour assumer l’accompagnement de leur proche, or une meilleure prise en charge devrait être prévue pour que ces périodes soient comptabilisés pour les droits sociaux et en particulier la retraite. « Il ne s’agit pas d’ajouter à la peine, la panne de revenus », résume Serge Guérin. Il note au passage que la notion d’aidant, et leur implication et influence croissante, vient déconstruire le discours classique sur l’individualisme. Et de concure : « les aidants prouvent que le don reste un mode de relation à l’autre toujours vivant et actuel ».

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