Sclérose en plaques : les perspectives thérapeutiques des neurosciences

Sclérose en plaques : les perspectives thérapeutiques des neurosciences

La sclérose en plaques (SEP) fait l’objet d’une recherche active de la part de la communauté scientifique. Des progrès importants ont été enregistrés : un diagnostic toujours plus précoce autorisant un traitement dès les premiers stades de la maladie et une meilleure prise en compte des troubles cognitifs inhérents à cette pathologie. Les défis à relever restent cependant nombreux. Et les neurosciences pourraient permettre d’y faire face, en favorisant notamment la régénération de la myéline – substance indispensable à la conduction de l’influx nerveux – détruite dans la sclérose en plaques. Un objectif qui, s’il est atteint, pourrait profondément changer la prise en charge des personnes malades.

La sclérose en plaques en chiffres

  • 100 000 personnes malades
  • 2/3 de femmes parmi les personnes touchées
  • 3000 à 5 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année
  • La 2ème maladie neurodégénérative après la maladie d’Alzheimer au regard du nombre de personnes touchées

A elles seules, ces données soulignent tout l’enjeu d’améliorer la prise en charge de la maladie

Les origines multiples mais encore mal connues de la SEP

Le déclenchement de la maladie est, pour l’heure, considéré comme multifactoriel. Au-delà des facteurs de risque génétiques et environnementaux (tabac, origine ethnique, exposition au soleil…) la communauté scientifique ne cesse d’explorer de nouveaux déterminants (facteurs nutritionnels, infectieux, expositions professionnelles…). Concernant le possible rôle des virus dans l’apparition de la sclérose en plaques, l’hypothèse des chercheurs est « simple » : le virus provoquerait un dérèglement du système immunitaire attaquant la gaine de myéline (substance qui entoure les fibres nerveuses et qui est indispensable à la conduction de l’influx nerveux).

De nombreux virus ont, tout à tour, été soupçonnés : celui de la rage, de l’herpès, de la rubéole, de la rougeole, de la varicelle ; des rétrovirus comme le virus HTLV-1 responsable des leucémies, ou encore le virus Epstein-Barr, responsable de la mononucléose infectieuse. Pour autant, aucun n’a jamais pu être formellement impliqué. On distingue plusieurs formes de scléroses en plaques. Au moment du diagnostic, dans 85 % des cas, il s’agit d’une sclérose en plaques de forme rémittente (avec successions de poussées et de rémissions). Deux tiers des patients vont ensuite voir leur maladie évoluer vers une forme progressive. Environ 10% des personnes malades sont concernées.

A la recherche d’un biomarqueur prédictif

Quant aux facteurs affectant l’évolution de la maladie, les professionnels de santé avancent régulièrement l’âge d’apparition de la maladie, l’origine ethnique, l’âge des premiers symptômes, l’évolution au début de la maladie…

Les chercheurs travaillent plus que jamais à l’identification de biomarqueurs prédictifs et pronostics. Ces outils seraient des atouts majeurs dans la prévention de la maladie mais aussi dans la prise en charge thérapeutique. Mais pour l’heure : aucun biomarqueur offrant une corrélation satisfaisante entre inflammation, démyélinisation et neurodégénérescence n’a encore été identifié.

Une alliance contre les formes progressives

Une dizaine de médicaments sont, à l’heure actuelle, indiqués pour le traitement de la sclérose en plaques. Pour accélérer le développement de traitements pour les formes de scléroses en plaques progressives, un groupe de recherche international baptisé Progressive Multi Sclerosis Alliance a été créé en 2012. Ce groupe doit favoriser un travail scientifique transversal associant toutes les disciplines des neurosciences (neuroimmunologie, neurobiologie, neuroimagerie).

Il s’agit d’améliorer au plus vite la connaissance des mécanismes spécifiques de la maladie, prérequis au développement de thérapeutiques ciblées et efficaces. De nombreux essais cliniques sont en cours et relativement avancés (phases 2 et 3). Ils explorent des voies thérapeutiques traditionnelles, mais aussi des suppléments nutritionnels (biotine, extraits de thé vert). Cette multiplicité autorise l’espoir d’un succès ou au moins porte à l’optimisme pour les patients atteints de scléroses en plaques progressives.

La sclérose en plaques se caractérise par sa composante inflammatoire. Les approches thérapeutiques actuelles visent donc naturellement à réguler la réponse immunitaire. Ce sont les traitements immunomodulateurs ou immunosuppresseurs. S’ils permettent une récupération fonctionnelle, ces traitements ne guérissent pas. Par exemple, les anti-inflammatoires de référence diminuent d’environ 30% la fréquence des poussées et réduisent d’environ 60% le nombre de nouvelles lésions visibles à l’IRM.

Le traitement de demain : reconstruire la gaine de myéline ou la protéger ?

Mais c’est bien par la voie des neurosciences que les chercheurs espèrent trouver de nouvelles stratégies contre la maladie en s’attaquant à son versant neurodégénératif. Comprenez : la destruction progressive des neurones.

La myéline est depuis longtemps identifiée comme la principale « victime » des mécanismes pathologiques de la sclérose en plaques. Elle est détruite par la réaction inflammatoire. En son absence, l’influx nerveux ne peut plus se propager efficacement. Les principaux signes cliniques de la sclérose en plaques sont des pertes de l’équilibre, une mauvaise coordination des membres, une faiblesse musculaire, des troubles de la mémoire et de la concentration.

A partir de ce constat, les chercheurs entendent logiquement « remyéliniser » les fibres nerveuses ! Deux approches sont actuellement privilégiées :

  • Greffer des cellules myélinisantes :

La technique consiste à injecter des cellules souches d’oligodendrocytes, cellules productrices de myéline au niveau des lésions. Les premiers résultats obtenus chez l’animal sont encourageants !

  • Identifier des molécules capables de stimuler la production de myéline.

En 2016, des chercheurs américains indiquaient dans la revue Nature avoir identifié deux molécules efficaces chez la souris. Elles doivent à présent être testées chez l’Homme dans le cadre d’essais cliniques.

L’autre grande stratégie des neurosciences, c’est ce qu’on a pris l’habitude d’appeler la neuroprotection. Dans le cas de la sclérose en plaques, il s’agit d’optimiser les mécanismes de protection des fibres nerveuses face aux attaques du système immunitaire.

 

Un Plan contre la sclérose en plaques

Pour la première fois en France, la sclérose en plaques est prise en compte dans le cadre d’un Plan de stratégie nationale de recherche et de santé (il s’agit du plan maladies neurodégénératives 2014-2019). Les fonds dédiés devraient permettre la concrétisation de nombreux projets. « L’une des premières mesures concrètes de ce plan va être l’identification d’une vingtaine de centres experts de la SEP, pour lesquels un financement de 2,4 millions d’euros a été prévu » expliquait récemment le Pr Michel Clanet, président du comité de suivi du Plan national maladies neurodégénératives 2014-2019.

 

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