Dépistage du cancer colorectal : la France à la traîne

Dépistage du cancer colorectal : la France à la traîne

Plus le cancer du côlon est dépisté tôt, mieux il peut être soigné. Pourtant, en France, en comparaison d’autres pays, trop peu de personnes suivent les recommandations de dépistage organisé

 

Gastronomie, culture, mode, recherche… si la France collectionne les places au tableau d’honneur dans de nombreux domaines, en matière de dépistage, elle fait figure de mauvais élève. Certes, des campagnes de sensibilisation ont vu le jour ces dernières années, mais elles ne sont pas parvenues à infléchir les chiffres.

 

« En 2012, seul un tiers de la population cible (les 50-74 ans) se faisait dépister. En d’autres termes, moins d’une personne concernée sur 3 faisait le test de dépistage tous les deux ans. En 2019, ce pourcentage est… d’un peu moins de 30 % ! », explique Stéphane Korsia, bénévole chargé des tutelles et du digital au sein de l’association France Côlon, laquelle vient tout juste d’être dissoute faute de militants pour prendre la relève.

 

Pourtant, l’arrivée sur le marché en 2015 d’un nouveau test, plus pratique, était porteur d’espoirs.

 

« Dans les autres pays européens, le passage à ce test a augmenté le pourcentage d’environ 10 points. En France, les effets positifs du nouveau test ont été annulés par la décision unilatérale de la Caisse nationale d’Assurance maladie de ne plus envoyer le kit de dépistage par la Poste. Un tiers des personnes faisant le test en 2012 le faisait après avoir reçu le kit à domicile. La décision récente de réactiver l’envoi postal pour une sélection de personnes cibles aura probablement un effet positif mais nous ne sommes pas prêts d’atteindre le taux de 50 % qui rendrait le dépistage organisé du cancer colorectal vraiment efficient »ajoute Stéphane Korsia.

 

Il déplore aussi que le dépistage ne soit plus géré comme par le passé au niveau départemental, mais au niveau régional, car on perd la dimension de proximité.

 

En France, 19 millions de personnes sont concernées par ce test. Le taux de participation reste toujours bien en deçà des 60 % souhaités par l’Union Européenne. En France, 33 % de la population ciblée, c’est-à-dire les personnes de plus de 50 ans, réalisent ce test. Dans la région Sud, il est seulement de 28 %. Bien loin des 80 % de participation des Hollandais et des 82 % constatés aux États-Unis.

 

« La diminution des crédits pour la promotion des dépistages est en partie responsable de ces mauvais chiffres », estime Stéphane Korsia. En cause peut être aussi une maladie vécue comme honteuse.

 

« La preuve : les patients ont toujours autant de mal à en parler à leurs proches qui devraient subir une coloscopie du fait du risque familial. On estime que moins de 30 % d’entre eux en parlent à leurs apparentés du 1er degré pour les prévenir qu’ils sont eux aussi à risque et devraient envisager une coloscopie susceptible de leur sauver la vie » observe Stéphane Korsia.

 

La consommation d’alcool et le tabac augmentent le risque de développer la maladie. L’impact du surpoids et de l’obésité n’est plus à démontrer. Enfin, l’hérédité peut aussi constituer un facteur de risque. Le cancer colorectal reste la deuxième cause de décès par cancer en France. Malheureusement, son incidence ne bouge quasiment pas, avec, en moyenne 44 000 nouveaux cas par an et 17 000 décès. Il est d’autant plus dommage que ce dépistage ne soit pas davantage généralisé, que, dans neuf cas sur dix, un cancer du côlon (s’il est dépisté tôt) peut-être soigné.

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