Etre infirmière face à la douleur

Etre infirmière face à la douleur

Alors qu’on célèbre aujourd’hui la journée mondiale contre la douleur, Voix des Patients a souhaité donner la parole à une infirmière libérale exerçant à Rueil-Malmaison, Véronique. Elle nous livre son expérience face à la douleur des patients soignés à domicile.

Comment percevez-vous votre métier ?

Pour moi, il consiste à être à l’écoute d’une part, et à instaurer un climat de confiance d’autre part. Je pense que l’infirmière est la mieux placée pour écouter le patient, mais aussi ceux qui l’entourent, en leur consacrant du temps et en établissant un sentiment de confiance. Les malades se confient à moi plus facilement et plus librement qu’à leurs médecins, lesquels les intimident souvent. Ils n’osent donc pas toujours leur poser de questions et encore moins leur avouer qu’ils souffrent, ou montrer un signe de faiblesse. Quant à la famille, comme elle ne peut supporter la souffrance d’un être proche, elle la minimise. Je dois donc amener les proches à en parler, à me donner des détails sur l’état du patient : « il est agressif, lui si calme d’habitude » ; « il s’inquiète pour les enfants » ; « cette nuit il n’a pas arrêté de bouger », autant de détails précis que j’enregistre.

Comment parvenez-vous à évaluer la douleur ?

Les signes ne sont pas toujours exprimés verbalement, mais ils sont « visibles » au travers d’une attitude, d’un sourire ou de gestes fondamentaux que le patient n’exécute plus. Je transcris sur un cahier toutes les informations collectées chaque jour et celles qui concernent la surveillance d’un traitement antalgique. Cela me permet d’évaluer la douleur et son évolution, et de transmettre toutes ces informations au médecin traitant pour lui permettre de réajuster le traitement si nécessaire. J’estime que j’ai le devoir de l’avertir, même c’est lui, et lui seul, qui décide de prescrire ou non.

La sensibilisation des proches est-elle importante à vos yeux ?

Oui, car le patient et sa famille n’ont souvent aucune connaissance des antalgiques prescrits, de l’importance des doses, ou encore des effets secondaires. Il est très important de les avertir, et surtout de leur redire sans cesse de ne pas attendre d’avoir mal pour prendre leurs médicaments.

Quel regard portez-vous sur l’hospitalisation à domicile ?

Une personne peut vouloir rester chez elle pour y être soignée, afin de mener une vie aussi normale que possible : recevoir des amis, reconduire sa voiture, se promener dans son jardin ou aller acheter le journal … Cependant, si la douleur l’empêche de le faire et qu’elle ne sort pas de sa chambre, elle peut se retrouver exactement dans les mêmes conditions qu’à l’hôpital. J’ai pu assister à la transformation de la vie d’une famille entière, par un traitement antalgique bien adapté à un malade douloureux. Je me souviens également d’une patiente dont je ne pouvais plus supporter la souffrance et dont nous assurions à tour de rôle les injections bi-quotidiennes alors qu’un traitement en diffusion continue l’aurait certainement soulagée.

Comment vous préparez-vous pour faire face à la douleur du patient?

Pour pouvoir faire face, je me tiens informée autant que je le peux, en lisant des pages spécialisées, en assistant à des réunions dans certains hôpitaux, en me concertant avec des consœurs. Je me renseigne sur les nouvelles techniques et les nouveaux matériels. Nous, infirmières, pensons en priorité aux répercussions de la douleur pour le patient et sa famille. Nous y sommes confrontées quotidiennement et ressentons souvent un sentiment de grande impuissance.

Vos commentaires