L’éducation thérapeutique à distance, c’est possible !

Accès aux soins
L’éducation thérapeutique à distance, c’est possible !

La crise sanitaire que nous traversons a bouleversé bon nombre de paradigmes et chamboulé l’organisation des soins. Elle a par exemple accentué le développement de l’éducation thérapeutique (ETP) à distance. De plus en plus d’établissements de santé proposent à leurs patients des modules désormais accessibles sur le web.

On estime qu’en France, 20 millions de personnes sont atteintes de maladies chroniques, soit un tiers de la population. L’ETP leur est proposée dans leur parcours de soin, afin de renforcer leurs capacités à prendre en charge l’affection qui les touche. L’objectif est de les rendre plus autonomes par l’appropriation de savoirs et de compétences et de les aider à mieux s’adapter et vivre avec leur maladie. Jusqu’alors, ces séances de groupe avaient majoritairement lieu en présentiel.« Nous faisions déjà des entretiens d’ETP à distance avant la crise sanitaire, mais essentiellement en individuel, le collectif était très peu développé à distance », explique Xavier de La Tribonnière, médecin au CHU de Montpellier. Il y coordonne l’unité transversale d’éducation du patient (UTEP) et a développé avec son équipe des ateliers collectifs d’ETP en distanciel.

 

Le lancement d’un cycle éducatif pendant le confinement

«Nous avons un programme sur les polypathologies et avons créé un parcours éducatif de cinq ateliers pendant le confinement. Les patients pouvaient s’informer sur le covid et se protéger, apprendre à pratiquer une activité physique chez eux, et bénéficier d’outils pour mieux gérer son stress grâce à la méditation, à la sophrologie et au yoga », précise-t-il. Ce cycle éducatif a rencontré un franc succès auprès des patients comme en témoigne l’enquête de satisfaction. « Nous avons fait un énorme effort d’adaptation car ce n’était pas simple sur un plan technique, mais notre expérience nous a permis de faire face. A présent, nous en faisons même bénéficier d’autres structures qui font de l’ETP », ajoute-t-il. Près de 17 ateliers collectifs étaient disponibles dès l’automne sur le thème de la maladie chronique. 

 

Fédérer des patients qui ne seraient jamais venus à l’ETP

L’un des grands avantages du distanciel est de mobiliser des gens qui ne se seraient jamais intéressés à l’ETP s’ils n’avaient pas eu la possibilité de le faire de chez eux. Certains habitent  loin de l’hôpital, d’autres n’ont pas de voiture, d’autres encore ne sont pas mobiles…En revanche, il leur faut disposer d’un matériel informatique de qualité, et avoir un minimum de capacités à utiliser l’informatique. « La principale difficulté observée, c’est la connexion. Il faut savoir ouvrir un lien, prétélécharger les logiciels …, c’est la raison pour laquelle nous avons développé un accompagnement à la connexion. Certaines personnes âgées de 90 ans se sont connectées. Nous avons eu aussi un patient atteint de la maladie d’Alzheimer. Force est d’observer que les patients sont souvent aidés par leurs proches», note Xavier de La Tribonnière. Reste bien sûr le problème des zones blanches, mais là aussi, avec de la 4G et un partage de connexion, on trouve des solutions.

 

S’adapter, c’est montrer l’exemple

Du côté des patients, comme du côté des professionnels de santé, l’heure est à l’adaptation. « Cela demande beaucoup de travail, à moyen constant. Nous avons revu toute l’ingénierie pédagogique des ateliers concernés, et la façon de faire à distance est un peu différente. Cela suppose d’être un peu plus directif, mais ça marche très bien », souligne-t-il. Finalement, en revoyant leurs fondamentaux, les professionnels de santé montrent l’exemple. En effet, ils proposent à leurs patients de changer leurs habitudes de vie, en mangeant mieux, en marchant davantage, en régulant leur stress… Avec cette crise et le développement des modules distanciels, eux aussi doivent chambouler leurs habitudes…