« Méfions-nous du regard “adulto-centré” sur les jeunes aidants »

Famille & Aidants
« Méfions-nous du regard “adulto-centré” sur les jeunes aidants »

Nous avons rencontré Sébastien Corabœuf, chargé de missions Formation des Aidants – Jeunes aidants chez Association Française des Aidants. Il revient pour nous sur l’approche de l’association pour cette catégorie d’aidants souvent sous-représentés : les plus jeunes.

Pourquoi dit-on que les jeunes aidants sont les invisibles de la relation d’aide ?
C’est ce qu’on pouvait dire des aidants en général il y a une dizaine d’années. Par exemple, quand est sortie la première campagne de communication : « Les aidants, ces invisibles, parlons-en. » Depuis les choses ont beaucoup évolué. Mais le sujet des jeunes aidants est resté dans l’angle mort. Beaucoup, d’ailleurs, ne connaissent pas le terme et ne se reconnaissent pas comme tels. Même si depuis deux ans, les choses bougent, notamment dans les médias et pour les pouvoirs publics.

En quoi ont-ils des besoins spécifiques ?
Tout simplement, parce qu’avant d’être aidants, ce sont d’abord des enfants, des adolescents ou des jeunes adultes. Avec leurs besoins et leurs modes de communication propres. C’est par exemple pour cela qu’ils peuvent ressentir de la honte à parler de leur situation. À leur âge, on a souvent envie de ne pas être jugé comme différent.

Quelle serait alors l’approche que vous recommanderiez ?
Pour bien cerner leurs besoins, il faut se méfier de tout regard « adulto-centré » sur leur situation. C’est-à-dire un regard qui serait, par exemple, tenté de trop valoriser leurs compétences acquises ou leur maturité, ou à l’inverse de les considérer comme des victimes. Ces deux attitudes les enferment dans leur rôle. Je recommanderais une posture beaucoup plus nuancée, qui se base avant tout sur la rencontre et sur l’écoute. C’est surtout de cela dont ils ont besoin.

Concrètement que mettez-vous en place à l’Association française des aidants ?
Pour créer de l’échange entre jeunes aidants, nous montons des ateliers collectifs de 3 heures tous les 15 jours. Avec comme support, la médiation artistique (ici la photographie ou l’écriture de théâtrale), qui nous sert à la fois de prétexte pour leur donner envie de venir et de moyen pour libérer la parole sur des situations qui ne sont pas forcément faciles à exprimer pour ces jeunes. Après cette phase expérimentale qui se déroulera à Paris, l’idée est de proposer ce format à des structures partout en France. Parallèlement, nous tentons de mobiliser l’ensemble des acteurs concernés. Tels que l’Éducation nationale, mais aussi Pôle Emploi ou encore l’École de la 2e chance. Et bien sûr, tout le monde médico-social et sanitaire. Le sujet est fondamentalement sociétal, l’approche doit donc être transversale.

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