Parkinson : cibler le cerveau pour soulager la douleur

Parkinson : cibler le cerveau pour soulager la douleur

Identifier la région du cerveau spécifiquement impliquée dans les douleurs chroniques dont souffrent les personnes atteintes de la maladie de Parkinson : c’est l’une des avancées scientifiques majeures récemment réalisée par des chercheurs de l’Inserm et de l’Université Grenoble Alpes.

De quoi peut-être envisager demain une réponse thérapeutique efficace pour atténuer certaines douleurs chroniques associées à la maladie de Parkinson mais aussi à d’autres pathologies telles que la démence, la sclérose latérale amyotrophique, la maladie de Huntington ou encore certaines formes de migraine.

Les personnes touchées par la maladie de Parkinson font souvent état de douleurs inexpliquées : sensations de brûlure, coups de poignard, démangeaisons ou fourmillements. Ces douleurs chroniques sont sources d’insomnies, de fatigue, d’anxiété et peuvent être à l’origine d’états dépressifs. Pouvoir mettre un terme à ces douleurs ou du moins être en mesure de les diminuer serait une avancée considérable dans la prise en soin. Voilà qui changerait la vie de milliers de personnes malades ! Cela ne fait aucun doute. Pour l’heure, les chercheurs de l’Inserm et de l’Université Grenoble Alpes n’ont pas développé de traitement. Cependant, les résultats de leurs travaux publiés récemment dans la très sérieuse revue eLife ouvrent aujourd’hui une nouvelle voie pour des approches thérapeutiques ciblées.

Le chiffre | Environ 60 %* des patients atteints de la maladie de Parkinson se plaignent de l’apparition d’épisodes douloureux
* Source : Unité 1216 Grenoble Institut des neurosciences.

 

Le noyau sous-thalamique comme cible

La démarche des chercheurs de l’unité 1216 Grenoble Institut des neurosciences est ambitieuse : identifier l’origine des douleurs chroniques ressenties dans la maladie de Parkinson. Et leurs premiers résultats sont remarquables. Les chercheurs ont démontré l’implication d’un sous-ensemble de neurones situé dans le noyau sous-thalamique du cerveau. Par ailleurs, une stimulation adéquate de cette zone pourrait permettre de soulager la douleur chez les patients. En d’autres termes : les chercheurs savent désormais où agir dans le cerveau pour diminuer les douleurs chroniques associées à la maladie de Parkinson. « Nous nous sommes particulièrement interrogés sur l’origine des douleurs primaires décrites par les patients comme des sensations douloureuses bizarres et sans causes telles que des sensations de brûlures douloureuses, de douleurs vives, de démangeaisons ou de picotements douloureux. On supposait que ces douleurs étaient dues à un dysfonctionnement du système nerveux central. Des études avaient, par ailleurs, montré qu’un traitement par stimulation cérébrale profonde du noyau sous-thalamique atténuait la douleur, sans pour autant mettre en lumière les mécanismes impliqués. Nous avons donc également travaillé à préciser ces mécanismes », explique Véronique Coizet, chercheuse Inserm et directrice de l’étude

Une réponse à la douleur modifiée chez les patients

Les travaux menés pendant près de 5 ans par les chercheurs grenoblois avaient deux objectifs : mesurer la vitesse de déclenchement des signaux électriques dans les cellules nerveuses du noyau sous-thalamique chez des rats recevant une stimulation sur la patte postérieure et observer les modifications de la fonction cérébrale directement associées.

Deux objectifs pour deux conclusions inédites

  • Chez le rat « parkinsonien », les réponses à la douleur dans le noyau sous-thalamique, semblent plus longues et de plus forte amplitude que chez les animaux « sains ». Pour la directrice de l’étude, Véronique Coizet, « la douleur associée à la maladie de Parkinson pourrait donc être due à un dysfonctionnement des voies du traitement de la douleur dans le noyau sous-thalamique ».
  • Il existe une voie de communication nerveuse directe entre deux zones cérébrales spécifiques traitant des informations douloureuses (le colliculus supérieur et le noyau parabrachial) et le noyau sous-thalamique. Dans la maladie de Parkinson, cette voie de communication pourrait intervenir dans les effets bénéfiques de la stimulation cérébrale sur la douleur.
    « Il faut maintenant effectuer d’autres expériences pour caractériser les effets de la stimulation cérébrale profonde sur cette région du cerveau et optimiser cette stimulation en tant que traitement des douleurs dans la maladie de Parkinson et d’autres maladies neurologiques comme la maladie d’Alzheimer, les démences, les maladies du motoneurone, la maladie de Huntington, les ataxies spinocerebelleuses… Une chose est sûre : nous avons ouvert un nouvel axe de recherche à explorer », se réjouit Véronique Coizet.

 

Plus sensibles à la douleur | La maladie de Parkinson affecte notamment les systèmes d’autodéfense antidouleur du corps humain. Ainsi, chez les personnes malades, le seuil de perception de la douleur diminue. Résultat : une sensibilité augmentée. Considérons, par exemple, l’expérience consistant à plonger les mains dans l’eau froide : chez les sujets « sains », la sensation de froid douloureux est ressentie entre 3°C et 4°C. Chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson, cette sensation apparaît dès 8°C voire 10°C.

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