Don d’organes : il a donné un rein à sa femme

Don d’organes : il a donné un rein à sa femme

Confronté à la maladie rénale chronique de son épouse Olga, Christian Baudelot, sociologue, lui a fait don d’un de ses reins en 2006. Depuis, il s’est investi dans une association de patients.

Son combat consiste à sensibiliser la population à l’intérêt de donner un organe de son vivant. Tout d’abord parce qu’il y a moins d’attente, mais aussi parce que les taux de survie sont bons. Pourtant, selon lui, cette pratique est trop peu répandue en France. « C’est quelque chose d’assez peu connu en France, alors que dans d’autres pays, c’est plus répandu », analyse-t-il. Pour faire changer les mentalités et tenter de convaincre les équipes de néphrologie, il s’est impliqué dans l’association Renaloo.

Aux côtés d’autres patients et proches de patients, il est parvenu à faire évoluer la législation. En effet, jusqu’à la dernière révision de la loi de bioéthique (2011), cette dernière prévoyait que seuls les membres de la famille pouvaient donner un organe au receveur. Désormais, le cercle s’est élargi à la sphère amicale, dès lors que l’on peut justifier d’une “ relation affective stable et avérée “ de de deux années au moins .

« Cette évolution est fondamentale car les maladies rénales sont génétiques et il y a fort à parier que si un membre de la famille est touché, d’autres le soient aussi », précise Christian Baudelot.

Optimiste, il reste néanmoins conscient qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour faire évoluer les mentalités, et pour convaincre, notamment les équipes de transplantation. En France, la dialyse demeure encore privilégiée. Autre cap à franchir : venir à bout des appréhensions des donneurs potentiels. Christian Baudelot aime rappeler que, certes, il s’agit d’une intervention, mais qu’on vit très bien avec un seul rein. Pour sa part, il n’a jamais eu la moindre séquelle, ni aucune douleurs. L’opération ne l’a jamais empêché de pratiquer des activités sportives. D’ailleurs, dans le cadre d’une enquête réalisée par l’Agence de biomédecine, les donneurs, interrogés sur le fait de savoir s’ils recommenceraient si le choix se représentait répondent positivement à hauteur de 95%. « Il faut avoir confiance dans le corps médical. Les médecins ne prélèveraient pas un rein s’ils avaient le moindre doute », confie-t-il.

« Pour le receveur, la réalité est un peu moins rose. Certes, ma femme s’est infiniment mieux portée après l’opération, mais elle doit pour éviter les rejets prendre à vie des médicaments qui abaissent le niveau de ses défenses. Néanmoins, c’est incomparablement mieux que des séances quotidiennes de dialyse » observe-t-il.

Le don est-il un acte anodin ? Entraîne-t-il une dette de la part du receveur ? Transforme-t-il la relation ? Autant de questions que le couple s’est bien sûr posé. Pour témoigner de leur expérience, ensemble, ils ont co-écrit un livre intitulé Une promenade de santé. « Il est très excessif de dire que le fait de donner un organe génère une dette à vie de la part du receveur. L’hypothèse de dépendance est très éloignée de la réalité”.

Plutôt que de don, le couple préfère parler de « mutualisation ». Un peu comme lorsqu’on partage dans un couple ou une famille les ressources des uns et des autres. « Les ressources utiles à l’autre sont mises au pot dans une logique d’entraide. Je n’ai jamais eu l’impression de donner », souligne Christian Baudelot. Le terme « don », même s’il est imparfait, a le mérite de rappeler qu’il s’agit d’une transaction gratuite, extérieure à tout échange commercial.

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