Annoncer sa maladie à son enfant : l’éclairage d’un psychologue

Annoncer sa maladie à son enfant : l’éclairage d’un psychologue

Annoncer sa maladie à son enfant est une étape délicate dans un parcours du combattant déjà semé d’embuches. Toutefois, aucune méthode « toute prête » n’existe pour se préparer à ces discussions. Nous avons rencontré Stéphane Amar*, psychologue, pour envisager les différentes façons d’aborder le sujet.

 

Tout d’abord, faut-il annoncer sa maladie à ses enfants ?

 

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’utiliser le terme de “il faut”. J’ai du mal avec cette conception de nécessité car cela conduit à des règles et des passages obligés qui ne tiennent pas compte des particularités de chacun. C’est comme si on disait “il faut annoncer à un patient qu’il a un cancer”. Dans l’absolu oui, il y a une obligation de la part du médecin de le dire mais il doit également tenir compte du contexte. On peut dire que de manière générale, il est plutôt souhaitable d’installer un climat d’honnêteté.

 

Quelle est la meilleure manière de le dire ?

 

D’autres psychologues n’auraient pas les mêmes réponses et ce que je dis là, n’engage que moi. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises façon de faire, tant c’est lié à la manière dont la personne malade vit personnellement sa maladie. Selon son parcours, la personne annoncera la chose différemment. Tout dépend aussi de la façon dont la communication s’organise d’une manière générale au sein de la famille. Certains parents parlent beaucoup avec leurs enfants (hors contexte de maladie), alors que d’autres échangent moins. Là encore, il y a tout une question contexte qui fait que l’on ne peut pas appliquer les mêmes règles à toutes les familles. Ces dernières n’ont pas toujours le réflexe de penser qu’elles peuvent se faire aider pour aborder la question. Cela a du sens de discuter avec un psychologue pour réfléchir aux solutions, même si bien sûr nous ne dictons rien. C’est également un soutien pour les parents qui se sentiront moins seuls dans une épreuve déjà compliquée. D’ailleurs, on se rend souvent compte que l’enfant a très bien compris et qu’il n’y a pas besoin de lui annoncer mais de lui confirmer.

 

Est-ce qu’il y a un moment opportun pour annoncer cela ?

 

Encore une fois, on peut avoir l’illusion qu’il y a un bon moment mais non, il n’y en a pas. Ce qui est difficile dans ce parcours c’est que le malade se sent obligé de rentrer dans les normes de “comment être un bon malade”. C’est une pression supplémentaire sur l’idée qu’il y aurait une bonne façon de faire. Quand je reçois des patients, j’essaie d’abord de comprendre où ils en sont, comment ils communiquent avec leurs enfants, quelles sont leurs relations avec eux, ce que les enfants ont l’air de comprendre… A partir de là, on réfléchit à la façon de procéder.

 

Comment répondre aux éventuelles questions des enfants ?

 

Je pense que la règle, s’il y en a une, c’est d’être le plus honnête possible. C’est-à-dire d’essayer de dire les choses comme elles le sont sans chercher à les maquiller. On peut chercher à soigner la forme mais sur le fond, je pense qu’il faut essayer d’être le plus réaliste possible. Un enfant peut tout entendre. Plus on est honnête avec lui, plus le climat sera bon parce qu’il sent qu’on ne lui raconte pas des mensonges.

 

Comment faire lorsque les enfants sont très jeunes ?

 

Il est souhaitable de tenter de choisir des mots adaptés, en s’adaptant à l’âge et de l’enfant. Il va de soi qu’un bébé ne comprendra pas tout ce qu’on lui dit, mais le fait de lui parler permet de l’intégrer à la réalité des choses. Il est d’autant plus pertinent d’échanger avec ses enfants que le climat familial risque de changer et qu’ils doivent en comprendre les raisons. Surtout qu’ils ont tendance à penser que c’est de leur faute.

 

Est-ce qu’il est préférable de préparer les enfants au pire si les choses ne s’améliorent pas ?

 

Oui dans l’esprit mais encore une fois, c’est une question de mots. Souvent c’est l’autre parent, celui qui n’est pas malade, qui vient me voir pour me demander que faire. Par réflexe, comme pour protéger ses enfants, le parent va se mettre à cacher son état et donc s’empêcher de pleurer par exemple. J’ai tendance à leur dire que lorsque l’un enfant voit l’un de ses parents très inquiet pour l’autre, cela peut être une opportunité pour l’enfant de poser des questions. Mieux vaut dire la vérité et laisser les questions venir. Ce qui est important c’est que les parents laissent la possibilité à leurs enfants de se questionner, afin qu’ils fassent leur propre chemin dans leur tête.

 

* Docteur en Psychologie, auteur de « L’accompagnement en soins palliatifs. Approche psychanalytique », Dunod, 2012.

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