Cancer Colorectal : confession intime

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Cancer Colorectal : confession intime

[Ce témoignage est une fiction]

Vous aussi vous ne savez pas comment inciter vos proches à se faire dépister ? Quand Camille a réalisé que la façon de manger de son père augmentait significativement ses risques de développer un cancer du côlon, elle a décidé d’agir et d’encourager son papa à se faire dépister. 

Comme tous les dimanches, le repas chez mes parents était hyper bon mais aussi hyper riche et copieux. Des plats en sauce, de la friture… Et je suis obligée de me resservir, évidemment, sinon ça râle ! Une fois j’ai osé dire que c’était trop, qu’on n’était pas obligés de se goinfrer à chaque fois. « Mais Camille, arrête de faire ta rabat-joie, m’avait dit mon père. Tu gâches tout le plaisir ! ». Venant de lui – qui se considère comme le bon vivant ultime – c’était un genre d’insulte. J’allais répondre un truc cinglant, et puis je me suis dit que c’était perdu d’avance, alors j’ai fermé la bouche et repris du bœuf Stroganoff. 

Mais aujourd’hui, c’est différent.  Si j’ai mal au ventre, ce n’est pas parce que j’ai trop mangé mais parce que je m’apprête à mener un sacré combat. Le problème, c’est que je ne sais pas vraiment comment aborder la question du caca. Oui oui, du caca : quand je vois ce que mon père ingurgite, je me dis qu’il faut qu’on parle des risques que ça peut entraîner pour lui. Plus exactement, je me demande comment je vais réussir à l’encourager à faire caca dans un petit bocal pour se faire dépister du cancer colorectal. Le cancer est déjà un sujet particulièrement joyeux, mais quand on y rajoute la dimension « colon » ou « rectum », il y a tout à coup comme une petite aura de glamour supplémentaire.  So sexy… C’est sûrement pour ça que l’on en parle aussi peu. C’est pourtant un des plus répandus (2e cancer le plus fréquent chez la femme et 3e chez l’homme, j’ai fait mes recherches) et il se soigne bien : s’il est dépisté de manière précoce, 9 personnes sur 10 guérissent !

Les chiffres sont dingues, je trouve, mais est-ce qu’ils vont être suffisants pour convaincre mon père ? Pas sûr, car c’est un type fier, orgueilleux, pas habitué à écouter les conseils (mêmes les bons). Faut dire qu’il s’est fait tout seul. Fils d’agriculteurs, il a réussi à décrocher un diplôme d’ingénieur en suivant des cours par correspondance pendant qu’il enchaînait les petits boulots. Une jolie carrière, une famille soudée. Bref, la réussite. Aujourd’hui à la retraite, il est attaché à ses petits plaisirs : sa clope au bec, ses repas riches et bien arrosés…  Malgré ses habitudes de vie, c’est une vraie force de la nature, mon père, quasiment jamais malade. Ça tombe bien car il est allergique aux médecins : il préfèrerait se recoudre lui-même que d’aller à l’hôpital ! Mais il va sur ses 65 ans et ça me stresse qu’il ne prenne pas assez soin de lui, car personne n’est invincible. Et le cancer, surtout détecté trop tard, ne fait pas de cadeau. Je suis bien placée pour le savoir après avoir dû consoler beaucoup trop de potes dont le cancer a fauché un des parents.

On va peut-être s’embrouiller, mais le jeu en vaut la chandelle alors je me lance : 

– Est-ce que tu connais le point commun entre Audrey Hepburn et Ronald Reagan ?

– Bah… oui, c’étaient deux acteurs américains.
– Ouais, mais ils ont un autre truc en commun. 

Mon père réfléchit, il ne voit pas où je veux en venir.

– Je vois pas.

– Ils sont morts de la même maladie, un cancer colorectal. (J’ai fait des recherches je vous dis)

– Dis donc, t’as le don pour mettre l’ambiance ! Rien de tel qu’une petite info macabre pendant le café. D’ailleurs t’en veux un, de café ?
– Non merci, ça va. Si je te raconte ça, c’est parce que j’ai lu quelque part que ce cancer se détecte facilement et se soigne bien s’il est découvert à temps. Je me suis dit que ça vaudrait le coup que tu fasses le dépistage, comme tu n’es plus tout jeune. 

– Ah bah je te remercie, je suis pas encore un vieillard hein. Tu sais moi, la tambouille des médecins c’est pas trop mon truc. Et puis, je me sens super bien ! 

– Ça c’est un argument naze. C’est comme dire que tu mets pas ta ceinture parce que tu conduis bien ! 

– La loi m’oblige à boucler ma ceinture, pas à me faire dépister.

– Ok, mais quand on t’offre un dépistage gratuit qui pourrait peut-être te sauver la vie, faudrait être bête pour ne pas au moins le considérer. Et puis, je ne te dis pas d’aller passer illico une coloscopie, le premier test est beaucoup plus facile à faire. T’as juste à recueillir un peu de caca et l’envoyer par La Poste. S’ils trouvent du sang, d’autres tests seront prévus. Sinon, RAS ! Franchement t’as pas d’excuses.

Je vois bien qu’il est surpris, que c’est la perspective d’une colo qui le faisait flipper. 

– C’est juste ça ? Bon, ça vaut peut-être le coup ton truc…

Après, on a parlé encore longtemps, mais c’était gagné. On a trouvé ensemble un médecin qui lui a remis le kit de dépistage. Papa a fait le test, relax et il en a même parlé à ses potes. Comme quoi, c’était pas si difficile ! 

 

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