Patients chroniques : un nécessaire suivi psychologique ? 2/2

Patients chroniques : un nécessaire suivi psychologique ? 2/2

Retrouvez la suite de l’interview de Wladi Mamane, Psychiatre et Psychothérapeute, dans le XIXème arrondissement de Paris. Il explique l’importance de l’accompagnement d’un patient porteur d’une maladie chronique.

A quel moment le patient doit-il consulter ?

Les entretiens avec un psychothérapeute doivent être proposés dès le début de la prise en charge. Cependant, il ne faut pas les imposer. Le déni, dans un premier temps, est fréquent. Il faut alors attendre que le patient soit disponible, afin de ne pas le braquer. Bien évidemment, le plus tôt sera le mieux, dans la limite de ce qui est acceptable pour la personne.

Pensez-vous que ce soit une bonne chose que le patient communique sur sa maladie dans son entourage personnel et professionnel ?

Il n’y a pas de vérité absolue… Il semble évident que des intimes partageant la vie quotidienne d’un patient ont intérêt à savoir et à connaître la maladie. C’est beaucoup plus discutable dans le reste du champ social et professionnel. La réponse appartient à chaque sujet en fonction de son histoire et des rapports qu’il entretient avec sa famille, son travail…

A quel endroit le patient peut-il consulter ?

Dans tous les établissements de santé (cliniques, hôpitaux…), il existe des services qui offrent aux patients un suivi psychologique, lequel est pris en charge par la sécurité sociale. Si le patient souhaite consulter en dehors de ces structures, il peut faire le choix de consulter « en ville ». Là encore, la plupart des structures d’aide sont remboursées par la sécurité sociale ou « gratuites » (payées par la sécu sans que le patient n’ait à avancer de frais)

Quelle est la différence entre un psychologue et un psychiatre ? Dans le cas d’un patient chronique, lequel vous paraît le plus adapté ?

Le psychologue comme le psychiatre pourront proposer un soutien psychothérapique. Dans le cas d’une dépression avérée, une évaluation psychiatrique s’imposera pour la mise en route, ou non, d’un traitement psychotrope.

Quelque chose à ajouter ?

Si la dimension psychologique des affections chroniques a été largement reconnue ces dernières années, les patients qui en bénéficient restent minoritaires. Un suivi précoce et de bonne qualité améliorera à coup sûr le pronostic (chances de guérison, durée de survie, gêne dans la vie du patient…). Pour que la plupart d’entre eux puisse en profiter, il faut que les médecins de famille et les spécialistes continuent à proposer systématiquement une aide psychologique en insistant sur son importance et en expliquant qu’elle fait partie du traitement au même titre qu’une chimiothérapie ou de l’insuline. Il semble aussi important, afin de diminuer le choc de l’annonce, que le patient se voit expliquer clairement ce que l’on recherche dès la suspicion d’une affection chronique (expliquer ce que l’on recherche avec tel ou tel examen, évoquer les résultats possibles…).

Enfin l’entourage intime d’un patient porteur d’une maladie chronique va aussi être mis à l’épreuve et devoir faire le deuil d’une « vie d’avant » dans laquelle le conjoint, le frère ou la mère n’était pas malade chronique…, Pour ceux qui vont aider le patient au quotidien, une accompagnement est toujours souhaitable et souvent nécessaire. Ils ne sont hélas que très rarement pris en compte alors que devenant un soutien essentiel du patient, ils participent largement au traitement. Ils n’étaient pourtant pas préparés à voir un proche tomber lourdement malade, ni à assumer le rôle d’aide-soignant dans son intimité.
Étendre la proposition de rencontre avec un psychothérapeute à l’entourage immédiat de ces patients pourrait permettre à l’entourage proche de mieux soutenir et aider sans risquer de s’effondrer.

Retrouvez la première partie de son interview sur Voix des patients.

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