Cancer colorectal : le dépistage précoce sauve 9 vies sur 10

Cancer colorectal : le dépistage précoce sauve 9 vies sur 10

En France, c’est le deuxième cancer qui cause le plus de décès. D’où l’intérêt d’un dépistage précoce. Le Professeur Olivier Bouché du CHU de Reims, Vice-Président de la Fédération Francophone de Cancérologie Digestive (FFCD), nous explique les traitements actuels et l’importance de poursuivre la sensibilisation.


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Olivier Bouché

Comment ont évolué les traitements du cancer colorectal métastatique?

Il y a quinze ans, nous sommes entrés dans l’ère des bi-chimiothérapies puis des tri-chimiothérapies, ensuite, il y a une dizaine d’années, sont apparues les thérapies ciblées qui ont permis le ciblage des cellules cancéreuses de manière plus précise. La chirurgie des métastases a également beaucoup évolué, permettant par exemple des traitements de destruction locale de type radiofréquence. Toutes ces évolutions conjointes ont permis de faire d’immenses progrès en termes d’espérance de vie, voire de guérison pour certains patients. Concernant la stratégie de soins, il est possible de proposer plusieurs lignes de traitements dans le temps, en alternance avec des traitements allégés voire des pauses thérapeutiques. Enfin, l’évolution des traitements, c’est aussi l’amélioration de la qualité de vie des patients, avec une meilleure gestion des annonces et des effets secondaires grâce aux progrès des soins de support.


Où en est le dépistage aujourd’hui?

Nous travaillons le dépistage sur deux populations cibles. La première concerne l’entourage familial de nos patients: c’est une population à haut ou très haut risque de développer un cancer. En effet, le cancer colorectal peut avoir un caractère de maladie génétique, d’où l’importance du terrain familial car il existe des cas avec transmissions héréditaires. Nous demandons donc à nos patients de parler à leurs proches et de leur conseiller le dépistage par coloscopie. Mais ce n’est pas toujours évident et un certain nombre de patients éprouvent beaucoup de difficultés à le faire. Notre approche est donc ici très individuelle, au cas par cas. La seconde population cible de notre politique de dépistage est une population dite à risque moyen : elle inclut toute personne ayant plus de 50 ans sans antécédent dans leur famille. Nous parlons ici de campagnes de sensibilisation, massives et organisées, dont Mars Bleu est un parfait exemple.

Le dépistage précoce est-il gage de guérison ?

Le dépistage est fondamental. Un polype bénin (adénome) met en moyenne 10 ans pour se transformer en cancer: nous avons 10 ans pour contrarier son évolution, et il faut savoir que plus un cancer colorectal est dépisté très tôt, plus les chances de guérison sont fortes, dépassant les 90 %! Autre donnée chiffrée : sur 1000 adénomes, 100 atteindront 1 cm et 25 deviendront un cancer en 10 à 20 ans.

Y-a-t-il assez de sensibilisation et de pédagogie autour du sujet du dépistage? La parole est elle suffisamment libérée sur ces sujets?

Un important travail est fait pour libérer la parole sur le cancer colorectal et sensibiliser la population. Néanmoins, il est clair qu’il reste beaucoup de tabous. L’arrivée du nouveau test de dépistage immunologique va sans doute beaucoup nous aider dans ce sens ; sa simplicité et son ergonomie le rend beaucoup plus acceptable. Enfin, il faut savoir profiter d’événements comme Mars Bleu pour médiatiser le sujet. Si Mars Bleu pouvait avoir autant de retentissement qu’Octobre Rose, ce serait une belle victoire!

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