Cancer et sexualité sont-ils compatibles ?

Cancer et sexualité sont-ils compatibles ?

A la veille de la Saint Valentin, Voix des Patients vous fait partager les conseils de Catherine Adler, diffusée sur la Chaîne Rose. Vice-présidente de l’association Etincelle, cette célèbre psycho-onco-sexologue analyse sans langue de bois le sujet de la sexualité pendant un cancer.

Son conseil tient en deux mots : « en parler » ! Pas simple certes, mais elle estime que les médecins devraient aborder le sujet bien avant le début des traitements car ils connaissant les risques en matière de libido. Force est de constater qu’ils ne le font que rarement. Et de citer l’OMS qui affirme que la santé sexuelle passe par le fait que «les droits sexuels de toutes les personnes soient respectés, protégés et assurés ». Mais où trouver ce « bien- être » quand le corps est malmené, scarifié, mutilé, amputé ? Les mastectomies, stomies, laryngotomies… sont-ils compatibles avec le désir et le plaisir ? Les peurs et l’anxiété ne nuisent-elles pas au « bien être mental et social associé à la sexualité », laquelle requiert une bonne disponibilité psychique et la capacité de lâcher prise ?

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Catherine Adler, psycho-onco-sexologue, vice-présidente de l’association Etincelle

Des rapports transformés

Les femmes peuvent éprouver des réticences à se montrer nue, avoir du mal à accepter leur corps et leurs cicatrices. Sans parler des pertes de cheveux, de la fatigue, des problèmes de sécheresse vaginale ou encore des brûlures au niveau du sein suite aux radiothérapies. De leurs côtés, les hommes ont peur de faire mal. Sans parler des scrupules relatifs au fait de passer pour un obsédé. Ils n’osent pas toujours ni toucher, ni regarder. Face à ces réactions, le fait de ne pas se sentir désirée met encore plus à mal la féminité. D’où de nombreuses souffrances. Pourtant, les femmes n’en parlent pas assez car elles n’osent pas, et ne savent d’ailleurs pas à qui se confier, d’autant que les acteurs du parcours de soins ne sont pas formés à ce sujet encore tabou.

La sexualité pour se sentir à nouveau « femme »

Pourtant la sexualité peut aider à se réconcilier avec son corps, à se « renarcissiser », à se sentir à nouveau « femme ». Au delà du seul coït, Catherine Adler rappelle que la sexualité passe par les caresses, la tendresse, la sensualité et les baisers. Evidemment, il faut respecter le rythme de chacun et trouver des adaptations. Comme elle l’explique très justement, il ne s’agit pas de se forcer mais d’éviter une trop grande frustration de part et d’autre, laquelle pourrait mettre en péril le couple. Informer en amont, c’est aussi une façon de réenvisager différemment les rapports, et de savoir que des altérations du schéma « classique » sont normales. Rien de plus délétère en revanche que de se murer dans le silence.

Rester à sa place

Le compagnon doit éviter de se transformer en « infirmier » et conserver sa place « d’amant ». Halte aux idées reçues : ce ne sont pas toujours les hommes qui fuient. Il n’est pas rare de voir les femmes s’éloigner de celui qui a vécu de « trop près » la maladie. Elles ne croient pas toujours leurs compagnons quand ils disent qu’ils les désirent. « Ce n’est pas parce que le compagnon ressent une réticence face à un corps dont il n’a pas encore l’habitude qu’il n’aime plus », explique Catherine Adler. De plus, une femme ne se résume pas à un bout de sein et il ne faut jamais penser à la place de l’autre. D’où l’intérêt de communiquer ! Et surtout de garder le contact physique et le toucher.

A chacun son rythme !

Face à un important changement corporel, il est important de réaliser que le compagnon n’a peut être pas envie de voir. Et d’en parler pour préserver une certaine séduction. « Es-tu prêt à regarder ? » « Veux-tu voir ? », « Préfère-tu que je garde une petite nuisette ? », suggère la psycho-sexologue pour éviter des situations qui peuvent être vécues comme violentes par l’homme. Ce n’est pas forcément de la méchanceté ou de l’incompréhension. Certains ont besoin de temps. Evidemment c’est encore bien plus dur pour les femmes car c’est de leurs corps dont il est question, mais mieux vaut se prémunir contre le rejet de l’autre qui peut être très blessant. Le cancer révèle la profondeur de la relation et des sentiments. En un mot : la solidité du lien. La sexualité est une solution et surtout un des meilleurs moyens de rester dans la vie !

A savoir, pendant tout le mois de février, Catherine Adler apporte des réponses à toutes vos questions. Alors n’hésitez pas, contactez là via contact@chainerose.fr !

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