Traitement du mélanome : l’espoir est de mise !

Cancers
Traitement du mélanome : l’espoir est de mise !

Florent Grange, dermatologue au sein du CHU de Reims, s’intéresse beaucoup aux cancers de la peau. Pour Voix des Patients, il apporte un éclairage sur les aspects de prévention et évoque l’avancée en matière de traitements.

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Florent Grange

À quoi est liée selon vous la plus forte incidence de cancer de la peau?

Elle est liée d’une part au vieillissement de la population, puisque, de toute évidence, il y a davantage de cancers chez les personnes âgées. D’autre part, les modifications des comportements sont largement en cause, puisqu’on observe une surexposition au soleil.

Pourtant, il existe toute une série de campagne de prévention et de sensibilisation. Ne sont-elles pas entendues?

C’est un peu comme pour le tabagisme, il y a des campagnes de prévention récurrentes, pourtant les gens continuent, en dépit des dangers.

Par ailleurs, les campagnes de prévention ciblent essentiellement les personnes qui bronzent toute la journée sur la plage, y compris aux heures les plus chaudes, mais pas assez les personnes qui travaillent en plein air, font du jardinage, ou encore, qui ont des activités professionnelles extérieures.

Je pense que l’on n’a pas assez parlé de ces autres types d’exposition moins
« délibérés », mais tout aussi nocifs.

Et qu’en est-il des cabines de bronzage artificiel?

Le Sénat a décidé de les interdire d’ici 2017, en raison de la nocivité des ultra violets. L’organisation mondiale de la santé a en effet démontré qu’elles sont cancérogènes et augmente les risques de mélanomes de 75 %. En Islande, on a constaté une épidémie de mélanomes il y a quelques années, car la population fréquentait beaucoup ces cabines. Elle avait certainement besoin de se remonter le moral dans un contexte où l’ensoleillement est faible, néanmoins, les autorités de santé les ont interdites, et on a pu constater une réelle diminution du nombre de cas. Ce qui prouve bien qu’il y avait un réel effet de ces cabines sur les mélanomes.

Les hommes et les femmes sont-ils autant touchés les uns que les autres?

Chez les hommes, on observe une nette progression de la fréquence du mélanome, puisqu’il y a 20 ou 30 ans, les femmes étaient beaucoup plus concernées et qu’à l’heure actuelle, on constate une fréquence comparable des mélanomes chez les hommes ou chez les femmes.

A cette augmentation de fréquence, s’ajoute une plus grande gravité du mélanome chez l’homme lié à un diagnostic plus tardif que chez la femme, qui fait de ce cancer une réelle préoccupation chez l’homme, en particulier de plus de 50 ans.

Est-ce que cela signifie ce qu’il faut revoir les campagnes de prévention?

On distingue la prévention primaire, qui consiste à réfléchir à la façon de limiter l’exposition au soleil et aux UV, et la prévention secondaire. Nous avons beaucoup réfléchi sur cette dernière avec un groupe de travail que j’anime, et je regrette qu’il n’y ait pas de campagnes de dépistage de masse en France. Certes, dans le cadre de la journée annuelle de dépistage du mélanome, les populations sont invitées à se rendre auprès des dermatologues pour un dépistage gratuit, mais cette journée ponctuelle est insuffisante pour favoriser un dépistage de masse, d’autant que les personnes consultant de leur propre initiative sont rarement les moins informées ni les plus vulnérables au retard diagnostique. Par ailleurs, certains mélanomes sont difficilement identifiables, et ont donc peu de raisons d’inquiéter les patients.

Lire aussi : Mélanome, en parler pour mieux prévenir

Voulez-vous dire qu’il existe différents types de mélanome?

Oui absolument, il y a tout d’abord le mélanome à extension superficielle. Il s’agit d’un grain de beauté plat qui s’étend et va grossir. Cela représente environ 60 % des cas. Il y a ensuite le mélanome nodulaire qui est une petite tumeur qui pousse rapidement sur la peau sans ressembler à un grain de beauté. C’est le plus dangereux. Le 3ème type est le mélanome de Dubreuilh, qui touche essentiellement les sujets âgés et ressemble moins à un grain de beauté qu’à une vilaine tache. Le plus rare, est le mélanome des extrémités (main et surtout pied ou ongles), qui n’est souvent reconnu que tardivement car il peut simuler une verrue, une petite plaie ou une lésion bénigne.

Est ce que cela signifie qu’il faut revoir les messages de prévention secondaire?

Oui, car il n’y a pas que les « grains de beauté qui évoluent » qui sont inquiétants, mais toutes les lésions qui poussent ou changent d’aspect rapidement sur la peau. Il n’en demeure pas moins que tout grain de beauté d’aspect inhabituel ou évolutif doit être montré à un médecin.

A ce propos, il me paraît fondamental de faire un effort de formation et de sensibilisation auprès des généralistes, qui, sans avoir l’expertise des dermatologues pour dépister de très petites lésions, peuvent être parfaitement capables de dépister la grande majorité des mélanomes avant qu’ils ne deviennent trop épais.

Souvent, ils ne le font pas, non pas par manque de compétences, mais parce qu’ils n’ont pas pris, ou eu le temps, de regarder.

Comment évolue la recherche en matière de traitement des mélanomes?

En ce qui concerne le mélanome métastatique, la recherche a beaucoup évolué. Dès lors que l’on ne peut pas tout retirer chirurgicalement, autrement dit quand on en est au stade III avancé ou surtout au IV, il y a désormais des possibilités thérapeutiques beaucoup plus pertinentes que par le passé.

Ces cas un peu extrêmes ne représentent que 10 à 15 % de l’ensemble des mélanomes. Il y a encore cinq ans, il n’existait aucun traitement pour enrayer l’évolution de ces cas graves car les chimiothérapies classiques étaient très peu efficaces. Depuis, on note un changement total avec le développement des thérapies ciblées et de l’immunothérapie.

Ces récents traitements permettent d’augmenter les chances de survie avec moins d’effets secondaires que par le passé. Ils ont beaucoup modifié la pratique quotidienne de la prise en charge des mélanomes métastatiques. La recherche porte aussi sur la manière de combiner au mieux ces différents traitements, et sur le développement de nouvelles thérapies ciblées capables de faire face à l’apparition de résistances.

Peut-on guérir d’un mélanome?

80 à 85 % des personnes qui ont un mélanome guérissent de façon simple par un traitement chirurgical adéquat. En ce sens, le mélanome diagnostiqué précocément est l’un des cancers les moins graves. Le paradoxe est que les formes métastatiques, qui font partie des 15 % restants, sont beaucoup plus dures à guérir.

Toutefois, depuis 4 ou 5 ans tous les dermatologues et oncologues prenant en charge les mélanomes graves suivent des patients en état de rémission complète prolongée. Il y a beaucoup de raisons d’espérer.

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