Ophtalmologie

Pourquoi est-il important de dépister les maladies des yeux ?

La santé oculaire est souvent prise à la légère, pourtant, de nombreuses maladies sont détectables avant les premiers symptômes. Décryptage avec Nicolas Mesplié, ophtalmologiste à Saint-Jean-de-Luz.

Dans l’imaginaire collectif, les problèmes de vision et de santé oculaire sont associés à la vieillesse. C’est faux, même si les trois maladies les plus courantes au niveau de l’œil se manifestent chez un sujet âgé, à savoir la DMLA, le glaucome et la cataracte.

La DMLA, première cause de cécité

La Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge ou DMLA représente la dégradation d’une partie de la rétine (la macula) et c’est aussi la première cause de cécité dans les pays développés. Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), la DMLA concerne environ 8 % de la population française, mais sa fréquence augmente largement avec l’âge : elle touche 1 % des personnes de 50 à 55 ans, environ 10 % des 65-75 ans et de 25 à 30 % des plus de 75 ans.

… suivi par le glaucome

Le glaucome est la seconde cause de cécité dans les pays développés. Elle provoque une destruction du nerf optique, « bien souvent à cause d’une trop forte pression à l’intérieur de l’œil », détaille Nicolas Mesplié. Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le glaucome touche 1 à 2 % de la population de plus de 40 ans et environ 10 % après 70 ans. « Ce sont deux maladies insidieuses. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de manifestations rapides mais des signes précurseurs, si bien qu’il faut absolument penser à se faire dépister à partir de 60 ans. Cela consiste à aller faire un fond d’œil chez son ophtalmologiste. Si le patient veut être tranquille, il peut même faire un scanner de la rétine, du nerf optique puis un champ visuel. » Ces dépistages permettent de lancer un traitement avant même l’apparition de symptômes : une prise de vitamine dans le cas de la DMLA et des gouttes pour réduire la pression optique en ce qui concerne le glaucome.

La cataracte, une maladie qui s’opère bien

La cataracte est quant à elle la maladie la plus courante en ophtalmologie et touche également principalement les personnes âgées : une personne sur cinq à partir de 65 ans et près de deux sur trois après 85 ans. Elle correspond à une opacification du cristallin, une petite lentille présente dans l’œil qui devient opaque avec le temps. « Dans les pays les moins développés, c’est la première cause de cécité car ils n’ont pas accès aux soins, mais en France, cela s’opère très bien. Au cours de l’intervention la mise en place d’implants peut permettre aux patients de ne plus porter de lunettes », souligne l’expert. Environ 600 000 personnes sont opérées tous les ans en France selon l’Inserm.

Le syndrome de l’œil sec : halte aux écrans !

Une maladie de plus en plus observée dans les consultations ophtalmologique est le syndrome de l’œil sec. La sécheresse oculaire provient d’une mauvaise qualité ou d’une diminution de la production de larmes. C’est parfois lié à l’âge, « 15 % des personnes âgées de plus de 60 ans en sont atteintes », mais l’incidence augmente également à cause des écrans. La lumière bleue assèche les yeux. C’est donc très important de baisser la luminosité, de mettre des filtres sur ses lunettes et de penser à cligner des yeux lorsqu’on fixe un écran », conseille Nicolas Mesplié. Ce syndrome ne mène pas à la cécité mais provoque des sensations de brûlures, de picotements, de démangeaisons ou encore l’impression d’avoir du sable ou un corps étranger dans les yeux qui peut être extrêmement désagréable pour le patient.

Pour les yeux aussi une bonne hygiène de vie limite le risque de maladie – l’importance d’arrêter de fumer…

Le tabac est reconnu aujourd’hui comme un facteur de risque important des principales pathologies ophtalmologiques : DMLA, Glaucome, Cataracte, pathologies vasculaires et syndrome sec. Si la cigarette augmente le risque de DMLA, c’est aussi car le tabagisme accélère le vieillissement de l’œil. Le risque de cataracte est aussi plus important car les produits toxiques contenus dans le tabac touchent directement le cristallin », décrit le Docteur Mesplié. Le syndrome sec aggravé par le tabac est aussi responsable des principales complications du port des lentilles de contact.

– mais aussi de bien manger

L’alimentation est aussi primordiale pour une bonne santé oculaire. « Il est important de manger des aliments antioxydants comme les fruits rouges ou les légumes crus par exemple », souligne Nicolas Mesplié. Cela permet de réduire les risques de maladie dégénérative (DMLA, Glaucome, Cataracte et syndrome sec). Le diabète quant à lui, est un facteur de risque de cataracte, de rétinopathie et de glaucome. Cette maladie chronique qui apparaît lorsque le pancréas ne produit pas suffisamment d’insuline peut aussi générer des complications vasculaires. « Un patient diabétique doit toujours contrôler ses niveaux de sucres, son alimentation et son activité physique. S’il le fait bien, cela peut éviter les complications oculaires. » Il est d’ailleurs recommandé, pour une personne atteinte de diabète, d’effectuer un fond d’œil tous les ans, contre tous les trois à quatre ans pour une personne non affectée par cette pathologie.

Le dépistage avant 7 ans, c’est important

Si le glaucome, la DMLA et la cataracte sont souvent des maladies qui viennent avec l’âge, le dépistage ophtalmologique est également très important chez les enfants de moins 7 ans. « C’est l’âge où le cerveau visuel finit de se former. Avant cette septième année, il y a des risques que les connexions entre le cerveau et les yeux ne se fassent pas convenablement : cela s’appelle l’amblyopie. La correction des défauts visuels par des lunettes et quelques fois des caches sur les yeux peuvent permettre de récupérer en totalité l’acuité visuelle de ces jeunes patients », précise Nicolas Mesplié. Cette anomalie de développement qui touche 2 à 3 % des enfants en France se manifeste lorsqu’un œil voit mal alors que l’autre voit parfaitement bien. Cela peut se manifester par un strabisme c’est à dire une perte du parallélisme. « Il est donc primordial de dépister tous les enfants avant 7 ans car ensuite on ne peut pas récupérer l’acuité visuelle du mauvais œil, » prévient Nicolas Mesplié. En résumé, quel que soient l’âge et l’état de santé, il est important de se rendre régulièrement chez l’ophtalmologiste !

M-FR-00009733-1.0 – Établi en octobre 2023

Isabelle Paupe

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