Tabac : comment dissuader les jeunes de s’y mettre ?

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Tabac : comment dissuader les jeunes de s’y mettre ?

Le cancer du poumon est désormais celui qui tue le plus en France, en Europe et dans le monde. La fumée de cigarette est la principale cause de cette maladie dont le taux de guérison est inférieur à 15% à cinq ans. C’est pourquoi le Professeur Jacques Cadranel, chef du service de pneumologie à l’hôpital Tenon, a souhaité participer à une campagne originale de sensibilisation auprès des jeunes à l’occasion de la Journée Mondiale sans Tabac le 31 mai 2017.

Puisque la provocation est le propre de la jeunesse, je dirais aux jeunes que le cancer du poumon est une maladie pédiatrique, car c’est enfant que l’addiction au tabac s’attrape, même si c’est à l’âge adulte qu’on en meurt,

explique-t-il. Il précise que “plus on a fumé jeune, plus on prend de risques de développer un cancer du poumon ». A l’appui de sa démonstration, les chiffres de l’INPES. En 2008, 29% des jeunes de moins de 17 ans fumaient quotidiennement des cigarettes. Ce chiffre est monté à 32% en 2014. Les statistiques révèlent aussi que plus l’âge d’initiation a été précoce, plus la dépendance au long cours est importante. Ainsi, ceux qui ont commencé avant 14 ans ont une plus grande probabilité ensuite de devenir des fumeurs réguliers (autrement dit 10 cigarettes par jour ou plus). A l’inverse, près de 50% de ceux qui ont essayé vers l’âge de 18-19 ans finissent par ne plus fumer.

Les industriels visent les jeunes car ils sont plus vulnérables

Si les industriels ciblent les adolescents, c’est précisément parce que c’est un âge complexe, caractérisé par une forte défiance face à l’autorité. Ils sont dans une posture d’opposition,

explique le Professeur Cadranel. C’est en effet une période de la vie au cours de laquelle pendant laquelle nous expérimentons et nous mettons en danger pour construire notre personnalité de jeune adulte.

Ma conviction, c’est que si ce sont les parents qui demandent aux jeunes d’arrêter de fumer, leurs tentatives sont vouées à l’échec. De mon point de vue, ce sont les jeunes qui doivent parler aux jeunes,

précise le Professeur Cadranel à travers une approche originale dans le cadre d’une campagne de sensibilisation en partenariat avec Melty, la Fondation du Souffle et Roche.

Le concours #JeMimposeQuand (*) sur les réseaux sociaux

Le principe est simple : sur les réseaux sociaux le concours #JeMimposeQuand (lancé sur Instagram et Twitter du 31 mai au 21 juin 2017) a vocation à inciter les adolescents à ne pas commencer à fumer ou à arrêter rapidement le tabac. Les jeunes internautes sont invités à produire des vidéos/photos qui montrent comment, à leur manière, ils s’imposent autrement qu’en fumant, parce qu’il existe beaucoup d’autres façons positives et originales de s’affirmer.

Relayé par Melty, ce concours est porté par 2 jeunes Youtubeurs de 17 ans : Mademoiselle Gloria et Ilyes Djadel. Ce sont les jeunes qui déclareront qui seront les gagnants jugés aux nombres de « likes » qu’ils remporteront et l’avis d’un jury. A la clé, une journée avec leur Youtubeur préféré, un abonnement gratuit à Deezer, des chèques cadeaux.

Cette campagne de sensibilisation à la prévention du tabagisme et donc à la seule prévention efficace contre le cancer du poumon est d’autant plus pertinente que le cancer du poumon atteint chaque année plus d’un million de personnes dans le monde. En France, il s’agit du 3e cancer le plus fréquent et du plus meurtrier, avec 30 555 décès par cancer du poumon en France en 2015, soit 20,4 % de l’ensemble des décès par cancer.

Et le vapotage, c’est mieux ?

Bien que le vapotage ne soit pas considéré en France comme un traitement médical, plusieurs études démontrent son efficacité sur le sevrage tabagique au même titre que les approches classiques par substitution nicotinique. Difficile de savoir si le vapotage est préférable, mais comme l’observe le Pr Jacques Cadranel, depuis que ces nouvelles façons de fumer sont en vente libre, le nombre de jeunes qui s’orientent vers le tabac a chuté.

Les jeunes qui sont dépendants au tabac peuvent l’être aussi à la vapoteuse qui contient de la nicotine. En revanche, il reste des incertitudes quant à l’innocuité pour le poumon de l’inhalation des solvants utilisés pour produire la nicotine liquide,

ajoute-t-il. Le risque, c’est aussi que les jeunes mettent à l’intérieur d’autres substances. Bien sûr, rien de tel qu’un sevrage, mais c’est un long chemin. Il est important d’accompagner les jeunes, et d’accepter les échecs. La contrainte, à l’inverse, ne mène généralement à rien chez l’adolescent explique le Pr Cadranel, qui rappelle que la nicotine est plus addictive que l’héroïne, la cocaïne et l’alcool.

Tous égaux face à la cigarette ?

Face au tabac, le concept d’égalité vole en éclats. D’abord, des études réalisées chez l’animal et chez l’homme ont clairement démontré une vulnérabilité plus importante des femmes et des adolescents à l’addiction à la nicotine et au tabac.

L’épidémie de tabac augmente chez elles de façon exponentielle. A tel point que depuis quelques années, la première cause de mortalité par cancer chez les femmes n’est plus liée au cancer du sein, mais au cancer des poumons,

souligne le Pr Cadranel. Force est d’observer aussi des inégalités face au risque carcinogène de la fumée de tabac : « certains sujets, malgré une exposition longue et intense, ne développeront pas de cancers. Et inversement ». Néanmoins, il faut garder en tête que plus on s’arrête tôt, plus on diminue son risque de cancer.

Mais à quel âge au juste peut-on être touché par ce cancer ?

Parfois terriblement tôt. « plus de 10% des patients concernés par un cancer du poumon ont moins de 50 ans, avec parfois des malades de moins de 30 ans ». La croissance est une période propice à favoriser la survenue d’erreurs sur l’ADN du fait de l’importance de la multiplication cellulaire.

Au moment des mitoses, il peut se produire des anomalies sur l’ADN et le tabac augmente considérablement ce risque,

précise Jacques Cadranel. Pour le moment, on guérit moins d’un cancer du poumon sur 10 en moyenne. Les thérapies ciblées et l’immunothérapie (destinée à restituer une immunité anti-tumorale) représentent de réels espoirs. Mais le Professeur Cadranel est formel : le meilleur traitement pour éviter le cancer, c’est d’arrêter de fumer à n’importe quel âge. Ou encore mieux, de ne jamais commencer !

*Comité scientifique du projet : Pr Jean François Morère (Villejuif), Pr Christos Chouaid (Créteil), Dr Edith Torabi (Mantes la Jolie)

** Roche qui a l’occasion de cette journée mondiale sans tabac a souhaité renouveler son engagement contre les cancers bronchiques et a lancé ce jeu concours.

 

Le tabac est la première cause évitable des cancers bronchiques. On estime que 82% des décès par cancer du poumon sont imputables au tabac.

  • Les dernières études montrent que l’adolescence est une période particulièrement à risque de dépendance au tabac, en particulier chez les filles.
  • Les adolescents sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à fumer régulièrement.
  • Ce comportement à l’adolescence n’est pas sans influencer celui à l’âge adulte puisque la prévalence et l’intensité tabagique sont fortement corrélées à l’âge d’initiation au tabac.
  • Plus la 1ère cigarette est fumée jeune, plus la probabilité de devenir un fumeur régulier est importante.

 

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